Sébastien Brouillette-Alarie: prévenir l’extrémisme violent

En 5 secondes Nouvellement professeur à l’École de criminologie, Sébastien Brouillette-Alarie souhaite mieux comprendre l’extrémisme violent afin d’orienter les interventions destinées à le combattre.
Sébastien Brouillette-Alarie, professeur à l'École de criminologie de l'Université de Montréal

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Lorsqu’il a posé sa candidature à un poste de responsable de la recherche au sein du Réseau des praticiens canadiens pour la prévention de l’extrémisme violent, Sébastien Brouillette-Alarie a préféré jouer cartes sur table: il n’était pas un spécialiste du domaine.  

«J’avais un bon bagage en méthodologie. Mais à l’époque, en 2018, la prévention de l’extrémisme violent était un champ de recherche encore émergent. On m’a répondu que ça tombait bien parce qu’à peu près personne n’avait une expertise là-dedans», raconte-t-il, un sourire aux lèvres. 

Huit ans plus tard, le nouveau professeur adjoint de l’École de criminologie de l’Université de Montréal est devenu l’un des spécialistes canadiens de cette question.

Une carrière guidée par la méthode 

Formé entièrement à l’UdeM, Sébastien Brouillette-Alarie obtient d’abord un baccalauréat en psychologie, avant d'entreprendre une maîtrise et un doctorat en criminologie. Ses premiers travaux portent sur l’évaluation du risque de violence sexuelle, puis un stage postdoctoral à l’Université Laval l’amène à s’intéresser à la réinsertion sociale des contrevenants. 

Derrière ces sujets variés se cache toutefois une constante: un intérêt marqué pour les méthodes quantitatives et, surtout, pour la façon dont les résultats scientifiques peuvent être interprétés, communiqués et utilisés par les personnes qui prennent des décisions. 

Lorsqu’il plonge dans la prévention de l’extrémisme violent, les données probantes sont encore peu nombreuses. Les études rigoureuses permettant de déterminer quelles interventions fonctionnent réellement sont rares. Ses recherches s’appuient alors sur des processus de consensus réunissant chercheurs, intervenants, cliniciens et décideurs pour dégager les pratiques les plus prometteuses.  

Un phénomène à décortiquer 

Aujourd’hui, Sébastien Brouillette-Alarie évalue des interventions à tous les niveaux de prévention de l’extrémisme violent. Il constate que les approches qui donnent les meilleurs résultats sont souvent celles que la criminologie et le travail social connaissent déjà bien: bâtir une relation de confiance, écouter sans juger, travailler avec plusieurs partenaires et accompagner les personnes dans leurs difficultés plutôt que de se concentrer uniquement sur leurs idées. 

À l’inverse, les campagnes de contre-discours menées sur les réseaux sociaux produisent des résultats jusqu’à présent décevants. «Leur ton institutionnel peut même parfois être tourné en dérision dans les communautés qu’elles cherchent à joindre», indique le chercheur. 

Un profil changeant 

En quelques années seulement, le profil des personnes à risque a changé, tout comme les sujets de radicalisation. «En 2015 au Canada, on parlait beaucoup des individus qui se sont engagés pour aller combattre en Syrie, puis, avec la COVID-19, le complotisme est devenu plus présent et aujourd’hui on parle beaucoup d’extrême droite, de masculinisme, de nihilisme, etc.», souligne Sébastien Brouillette-Alarie. 

Aussi, au début de sa carrière, les préoccupations concernaient surtout les jeunes adultes. Aujourd’hui, les professionnels voient apparaître des situations concernant des adolescents de plus en plus jeunes, parfois dès le début du secondaire, voire à la fin du primaire. Les réseaux sociaux et certaines communautés en ligne jouent un rôle important dans cette évolution, estime le professeur. 

Selon lui, les idéologies extrémistes constituent souvent moins la cause de la violence que le symptôme d’une souffrance plus profonde. 

«Les jeunes qui se radicalisent vivent fréquemment de l’isolement, des difficultés scolaires, un sentiment d’exclusion ou une quête d’appartenance. Les groupes extrémistes proposent alors des réponses simples à des problèmes complexes, mais ils offrent aussi une identité et le sentiment qu'ils sont enfin acceptés», précise-t-il. 

C’est pourquoi les confrontations idéologiques donnent rarement de bons résultats, poursuit le chercheur. Mieux vaut travailler sur les causes sous-jacentes, favoriser l’intégration sociale et offrir une écoute empathique, sans jugement. 

Faire dialoguer les disciplines 

Avec son poste à l’UdeM, Sébastien Brouillette-Alarie espère créer des ponts entre la criminologie et la prévention de l’extrémisme violent. Il souhaite également mettre sur pied une cartographie des incidents extrémistes au Canada et concevoir un protocole d’unification des données probantes provenant des équipes cliniques canadiennes effectuant le suivi de personnes ayant affiché une forme d’extrémisme violent. 

Sans céder au catastrophisme, le professeur considère que la montée de la polarisation en ligne représente un défi majeur pour les prochaines années.  

«Les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas fondamentalement différents des générations précédentes, dit-il. En revanche, ils grandissent dans un environnement numérique où les réseaux sociaux et leurs algorithmes façonnent profondément les façons de s’informer, de socialiser et parfois de se radicaliser.» 

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