Le professeur émérite a abordé deux défis auxquels sont confrontés les enseignants et les enseignantes d’aujourd’hui, soit l’autonomie de la profession et la reconnaissance sociale.
«Avec l’Institut national d’excellence en éducation, qui est juridiquement créé, certaines personnes prétendent qu’il agira comme agent d’uniformisation et de standardisation de l’enseignement, mais s’agit-il d’exagération ou de craintes fondées?» a-t-il soumis à l’auditoire.
Sa réponse a été sans équivoque.
«Jusqu’ici, on n’est pas parvenu à éliminer le facteur humain de l’enseignement parce qu’il ne peut y avoir d’enseignement sans l’engagement réel de l’enseignant ou de l’enseignante et de l’élève, a-t-il dit. L’enseignement est un métier de relations humaines, un travail sur, avec et pour l’humain, avec une composante éthique importante – la bienveillance – et une obligation d’adaptation aux éléments contextuels, de sorte qu’il est impossible de simplement appliquer une règle abstraite.»
Pour ce qui est de la reconnaissance sociale du métier et des raisons pour lesquelles une société devrait le valoriser, Claude Lessard a rappelé qu’il y a eu trois figures de l’enseignement au fil de l’histoire.
Il y a d’abord eu celle de l’école d’autrefois, de la Renaissance à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, «où la professeure ou le professeur était dépositaire d’un savoir légitime et mentor de l’élite sociale».
Ensuite, on a vu celle de l’école moderne, comme porteuse de progrès, «où l’enseignement constituait un véhicule d’ascension sociale et où les membres du personnel enseignant étaient les agents de la modernisation du Québec de la Révolution tranquille: elles et ils étaient l’incarnation de la mobilité sociale, puisque, à la fin des années 1970, 66 % d’entre eux étaient issus de familles d’agriculteurs ou d’ouvriers».
Enfin, il y a eu celle de l’école postmoderne, qui a déconstruit cette vision et cette figure de l’enseignant.
«La modernité n’a pas rempli sa promesse, le progrès par la connaissance inspire le doute, l’avenir apparaît chaotique ou bouché et il ne reste que le moment présent, a souligné Claude Lessard. Le développement du plein potentiel de chacun devient une finalité, ce qui est en harmonie avec l’individualisme dominant et le souci d’individualisation de l’enseignement porté par les pédagogues. Il légitime la bienveillance des enseignantes et des enseignants, mais il ne nous dit rien sur ce qui doit être enseigné.»
De sorte que les membres du corps enseignant doivent paradoxalement exprimer de la bienveillance tout en se souciant de l’efficacité exigée par «le système».