Quand l'odorat devient une obsession: comprendre le syndrome de référence olfactive

Les personnes atteintes du syndrome de référence olfactive croient à tort qu’elles dégagent une odeur nauséabonde. Ce trouble est également connu sous les noms d'autodysosmophobie et de syndrome phobique olfactif.

Les personnes atteintes du syndrome de référence olfactive croient à tort qu’elles dégagent une odeur nauséabonde. Ce trouble est également connu sous les noms d'autodysosmophobie et de syndrome phobique olfactif.

Crédit : Getty

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La doctorante Morganne Masse souligne l’importance de l’odorat en psychiatrie dans un article où elle traite du syndrome de référence olfactive, une perception erronée des odeurs corporelles.

En psychiatrie, l'attention portée aux perceptions sensorielles est essentielle, et les troubles psychotiques peuvent avoir une incidence marquée sur la vie des patients. Or, l'odorat est souvent négligé dans l’évaluation de patients, bien qu’il joue un rôle crucial dans le fonctionnement social et émotionnel des individus.  

C’est pourquoi la doctorante Morganne Masse s’est intéressée au syndrome de référence olfactive dans un article qu’elle cosigne dans la revue Santé mentale au Québec avec son directeur de recherche Emmanuel Stip, professeur émérite du Département de psychiatrie et d’addictologie de l’Université de Montréal.

Le syndrome de référence olfactive: un trouble méconnu

Morganne Masse

Morganne Masse

Crédit : Courtoisie

Les personnes atteintes du syndrome de référence olfactive croient à tort qu’elles dégagent une odeur nauséabonde. Ce syndrome, peu connu et peu étudié, a été décrit pour la première fois en 1891 par C. S. Potts. Il est également connu sous les noms d'autodysosmophobie et de syndrome phobique olfactif. 

Ce trouble est caractérisé par une détresse importante qui nuit au fonctionnement quotidien des individus qui en souffrent: leur vie sociale et professionnelle peut être grandement altérée en raison de leur préoccupation constante quant à leur odeur corporelle. 

Les symptômes de ce syndrome complexe apparaissent généralement dans la vingtaine et sont possiblement provoqués par un stress externe ou lié à une expérience olfactive singulière.  

Le syndrome bouleverse profondément les relations sociales. Les patients adoptent des comportements d'évitement et interprètent les gestes anodins de leur entourage (comme le fait de se toucher le nez ou de s'éclaircir la voix) comme des réactions à leur prétendue mauvaise odeur.

Deux cas cliniques et une revue de la littérature

Emmanuel Stip

Emmanuel Stip

Crédit : Courtoisie

Au cours de son stage de psychiatrie à l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal, Morganne Masse a eu l'occasion d'évaluer le cas de deux hommes atteints du syndrome de référence olfactive. Ces deux patients présentaient à la fois des similitudes et des contrastes dans la manifestation de ce trouble. 

Âgé de 63 ans, le premier patient souffrait d'une perception erronée de son odeur corporelle depuis l'âge de 20 ans. Il décrivait une odeur nauséabonde émanant de son corps, accompagnée d'une sensation désagréable en bouche. Malgré la relation amoureuse et les amitiés qu’il entretenait, il évitait les transports publics et les évènements sociaux par crainte de déranger les autres. 

Le deuxième patient, âgé de 53 ans, présentait des symptômes similaires, mais avec une intensité plus marquée. Il percevait une odeur d’excréments venant de sa bouche et de son rectum, ce qui l'a conduit à vivre reclus, évitant tout contact social. Il souffrait également d'hallucinations auditives et d'idées suicidaires.

Stratégies thérapeutiques et pistes de recherche

En parallèle, la doctorante a analysé 53 publications scientifiques sur le syndrome de référence olfactive, ce qui lui a notamment permis de constater les défis associés à la prise en charge du syndrome et aux traitements possibles. 

«Les personnes qui en sont atteintes connaissent souvent une longue errance diagnostique, indique Morganne Masse. Avant d'être orientées vers la psychiatrie, elles consultent de nombreux spécialistes – dentistes, dermatologues – dans l'espoir de faire disparaître ces odeurs qu'elles pensent dégager. Les deux patients de l'étude ont ainsi multiplié les consultations et essayé diverses thérapies médicamenteuses pendant des années avant d'obtenir un diagnostic précis.» 

Sa revue de la littérature a tout de même fait ressortir que, malgré la complexité du trouble, le pronostic s'avère favorable dans environ deux tiers des cas. Les traitements combinent généralement une thérapie cognitivo-comportementale et de la médication, notamment des antidépresseurs et des anxiolytiques. Dans leur étude, la doctorante et son directeur de recherche suggèrent également l'intérêt potentiel de nouvelles approches thérapeutiques, comme la stimulation magnétique transcrânienne répétitive. 

«La thérapie cognitivo-comportementale a démontré son efficacité pour réduire les pensées dysfonctionnelles et l'anxiété, et les antidépresseurs sont recommandés, souvent en association avec la thérapie cognitivo-comportementale», précise la chercheuse. 

«Par ailleurs, une autre piste consiste à considérer la composante délirante du syndrome de référence olfactive de manière analogue aux symptômes positifs de la psychose, poursuit-elle. Des études de cas isolées montrent l'efficacité de la combinaison d'antidépresseurs et d'antipsychotiques, bien que ces derniers soient généralement moins efficaces.»

Pistes de recherche et diffusion des résultats

L’étude de Morganne Masse et d’Emmanuel Stip met en lumière la nécessité d'une évaluation systématique des manifestations symptomatiques liées à l'odorat en psychiatrie et le besoin d'approfondir les recherches sur ce syndrome et d’en diffuser les résultats.  

À cet égard, ils souhaitent pouvoir présenter le fruit de leur étude au prochain congrès de l'Association des médecins psychiatres du Québec, en juin prochain, accompagnés d'un pair aidant qui pourra témoigner de son expérience du syndrome.

À propos de cette étude

L’article «Développer le flair du psychiatre: des enseignements tirés de deux cas cliniques de syndrome de référence olfactive», par Morganne Masse et Emmanuel Stip, a été publié à l’automne 2024 dans la revue Santé mentale au Québec.

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