La discrimination nuit à la santé physique et accélère le vieillissement

En 5 secondes Le stress permanent lié au sentiment d'être marginalisé a un effet direct sur la santé physique des personnes de diverses orientations sexuelles et identités de genre, selon des chercheurs de l’UdeM.
Selon Robert-Paul Juster, l'étude est la première à distinguer l'identité de genre, l'orientation sexuelle et le sexe biologique comme trois dimensions indépendantes pour évaluer la charge allostatique.

Avez-vous toujours été victime de discrimination en tant que personne de la communauté LGBTQ+? La situation a-t-elle été si difficile et le stress si intense que vous le ressentez littéralement dans vos os? Eh bien, il s'avère que c'est exactement ce qui se passe: la discrimination nuit à la santé physique et à la santé mentale.

C'est la conclusion d'une nouvelle étude menée par une équipe de recherche de l'Université de Montréal qui a découvert que la discrimination à l'égard des personnes de diverses orientations sexuelles et identités de genre laisse des traces biologiques mesurables dans le corps, à tel point qu'elle devrait être considérée comme un fardeau chronique pour la santé.

Publiée dans le journal Psychoneuroendocrinology, l'étude a été réalisée auprès de 357 adultes montréalais âgés de 18 à 79 ans: parmi eux figuraient 129 hommes et femmes cisgenres appartenant à une minorité sexuelle, 96 personnes transgenres et non binaires et 72 hommes et femmes cisgenres hétérosexuels.

 

Mesurer la charge allostatique

Au Centre d'études sur le sexe*genre, l'allostasie et la résilience de l'UdeM, dirigé par le professeur de psychiatrie Robert-Paul Juster, l’équipe de recherche a mesuré la charge allostatique des participants, c'est-à-dire l'usure biologique cumulative associée au stress chronique.

Pour ce faire, elle a examiné 16 biomarqueurs touchant les systèmes cardiovasculaire, métabolique, neuroendocrinien et immunitaire des sujets.

Répartis en sept sous-groupes en fonction de leur identité de genre et de leur orientation sexuelle, les participants ont également rempli des questionnaires sur leurs expériences de discrimination et leurs comportements en matière de santé.

«Nos résultats montrent que, une fois l’âge pris en compte, les expériences majeures de discrimination et les microagressions quotidiennes étaient positivement associées à la charge allostatique, a déclaré Nevena Chuntova, doctorante en psychologie à l’UdeM et auteure principale de l'étude. Cela signifie que ces deux types d'évènements discriminatoires contribuent indépendamment à un dérèglement physiologique, créant un fardeau cumulatif pour la santé et un vieillissement accéléré.»

Des niveaux élevés chez les hommes

L'étude a révélé des disparités marquées entre certains groupes de sujets: les personnes du spectre masculin (hommes cisgenres et transgenres) présentaient les niveaux les plus élevés de charge allostatique, tandis que les hommes appartenant à des minorités sexuelles (bisexuels et homosexuels) présentaient également des niveaux élevés de stress biologique.

«L'identité de genre et l'orientation sexuelle prédisaient toutes deux de manière significative la charge allostatique, les personnes du spectre masculin et les hommes appartenant à une minorité sexuelle affichant les niveaux les plus hauts», a mentionné Nevena Chuntova.

Ces résultats fournissent un soutien empirique démontrant que la discrimination peut exercer des effets biologiques directs par le biais des systèmes de stress, a-t-elle ajouté.

«Contrairement à la croyance populaire selon laquelle la discrimination influe sur la santé principalement par l'adoption de comportements à risque – tabagisme, sédentarité, consommation d'alcool et de drogues –, cette étude établit un lien direct entre la discrimination et les troubles physiologiques», a soutenu la doctorante.

 

La stigmatisation «s'insinue sous la peau»

«La discrimination chronique semble perturber directement les systèmes biologiques d'une personne, agissant comme un facteur de stress qui s'insinue sous sa peau, indépendamment de tout changement de comportement», a dit Nevena Chuntova.

Les données «indiquent clairement que la discrimination n'est pas seulement une question de justice sociale, elle est aussi un problème de santé publique ayant des conséquences biologiques mesurables», a-t-elle poursuivi.

Cette recherche est unique, selon Robert-Paul Juster, l'auteur principal qui a dirigé l'étude.

«Notre étude est la première à distinguer l'identité de genre, l'orientation sexuelle et le sexe biologique comme trois dimensions indépendantes pour évaluer la charge allostatique, a-t-il observé. Il s'agit d'une découverte scientifique importante qui valide les expériences des personnes 2SLGBTQIA+. Elle montre que l'incidence de la stigmatisation sur leur santé est un stress qui s'incruste littéralement dans leur corps.»

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