Vincent Billé se penche sur la coercition informelle dans les hôpitaux psychiatriques

En 5 secondes Vincent Billé, doctorant à la Faculté des sciences infirmières, a reçu une Bourse de la montagne pour ses travaux sur la coercition informelle dans les pratiques psychiatriques.
Vincent Billé

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Bourses de la montagne Article 5 / 5

Ce qui se passe derrière les portes closes des hôpitaux psychiatriques est généralement méconnu, mais familier pour Vincent Billé. Comme infirmier en France, il a travaillé 12 ans en psychiatrie, surtout dans les services des urgences. Il a eu la piqûre pour la recherche en retournant aux études pour parfaire sa formation initiale – il a obtenu deux maîtrises. Ses travaux ont été tellement appréciés qu’on l’a encouragé à les poursuivre au doctorat.

«Ça m’a surpris parce que je n’étais pas le meilleur élève à l’école et que je n’avais jamais projeté d’entreprendre des études aux cycles supérieurs», raconte-t-il en riant.

Puis, devant l’absence de voie doctorale en sciences infirmières en France à cette époque, il a eu envie à l’aube de ses 35 ans, avec son mari, de vivre ailleurs qu’à Bordeaux. Il a donc contacté Marie-Hélène Goulet, professeure à la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal, qui dirige le Centre d’étude sur la coercition en santé mentale.

Elle a accepté de le prendre sous son aile pour son doctorat commencé à l’automne 2022, également codirigé par Pierre Parizeau-Legault, de l’Université du Québec en Outaouais, et en partenariat avec Julie Tansey, une personne qui a vécu de la coercition psychiatrique. 

 

Coercition informelle omniprésente, mais méconnue

Par «coercition informelle», Vincent Billé entend toutes sortes de pressions invisibles et subtiles que le personnel peut exercer pour que les personnes hospitalisées adoptent certains comportements.

«C’est un phénomène omniprésent dans les hôpitaux psychiatriques, mais très méconnu, remarque-t-il. On n’est pas sensibilisé à ça. Il peut s’agir de persuasion ou de menaces. Par exemple, on peut dire au patient que, s’il adopte tel comportement, on le laissera sortir fumer sa cigarette. Ou que, s’il ne se calme pas, on pourrait l’attacher au lit.»

Il mentionne aussi la coercition plus structurelle, comme le couvre-feu, les portes barrées et le retrait des effets personnels jugés risqués. «Tout est contrôlé, dit-il. Il y a beaucoup de règlements rigides et cela peut être une atteinte aux droits de la personne.»

Il ajoute que cette coercition ne part pas d’une mauvaise intention. «Le clinicien est souvent conscient de cette coercition: l’approche est teintée de paternalisme, indique celui qui a lui-même utilisé ces stratégies comme infirmier en France. On pense souvent savoir mieux que la personne ce qui est bon pour elle. La vision reste très biomédicale et c’est celle proposée majoritairement.»

 

Comprendre et améliorer

En s’immergeant dans le milieu, il souhaite comprendre ce qui se passe exactement et proposer des axes d’amélioration. Il travaille d’ailleurs avec un comité consultatif de personnes premières concernées dont fait partie Julie Tansey pour s’assurer qu’il va dans la bonne direction. «Elles seront reconnues dans mes publications», précise Vincent Billé.

Une piste qu’il explore est l’accroissement de la flexibilité et de la tolérance. «La dangerosité et la dérangerosité, ce n’est pas la même chose, observe-t-il. Je pense aussi qu’avec plus de moyens il serait notamment possible d’offrir des activités à ces patients.»

 

Un coup de pouce stimulant

Arrivé au Québec sans jamais avoir obtenu d’aide financière, Vincent Billé s’est senti grandement valorisé et stimulé en recevant une Bourse de la montagne, qui s’est ajoutée entre autres à celle du Fonds de recherche du Québec – secteur Santé.

«Cet appui confirme la qualité de mon travail et son intérêt pour le bien commun», affirme celui qui espère terminer sa thèse à l’été 2027.

Dans son parcours, il s’efforce de développer ses compétences en communication, collaboration, gestion et leadership notamment. «Je dois aller à la rencontre des gens, entrer en contact avec eux, faire preuve d’intégrité et d’humilité parce que le savoir ne prime pas sur tout, souligne-t-il. En même temps, je dois avoir du leadership pour mener mon projet à terme. Je sais aussi que j’ai des difficultés en gestion parce que, même si je suis organisé, je suis toujours ouvert à de nouvelles collaborations, puis je manque de temps. Je travaille à m’améliorer.»

Comment Vincent Billé voit-il la suite des choses? Il regarde les avenues possibles à l’extérieur de l’Université, mais avec son amour pour la recherche, il envisage de faire un postdoctorat du côté des arts, de la santé mentale ou des études de genre. «Je suis un artiste drag militant et j’ai aussi fait partie de la troupe étudiante Danse Université de Montréal, dit-il. Je suis très attiré par les pratiques culturelles et artistiques. Je réfléchis à la façon dont je pourrais les allier avec la santé mentale.»

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