Des promesses trompeuses liées au permis de travail
La vulnérabilité des travailleurs étrangers temporaires découle essentiellement du permis de travail fermé. Délivré par les autorités fédérales, ce document rattache le travailleur strictement à son emploi et à son employeur.
L'île Maurice, où une agence de placement joue un rôle crucial dans le processus de recrutement et de sélection des personnes souhaitant travailler au Canada, est un exemple de la façon dont les employeurs d’ici recrutent leur main-d’œuvre étrangère.
«On leur vend notamment l’idée de la migration circulaire, où les travailleurs reviennent dans leur pays d'origine après une période de travail au Canada», dit Blandine Emilien, qui a étudié de près la situation des travailleurs mauriciens et réalisé le court documentaire Terre promise avec la cinéaste montréalaise Catherine Lemercier1.
«En réalité, ces travailleurs partent vers le Canada sans intention de retourner dans leur pays; ils aspirent à la résidence permanente, voire à la citoyenneté canadienne, poursuit-elle. Pour y arriver, ils acceptent de se retrouver sous l’emprise de leur employeur, auquel ils sont rattachés par leur permis de travail pendant leurs premières années au Canada.»
Ce permis fermé crée un rapport de force inégal, les travailleurs étrangers devenant dépendants de leur employeur pour se loger, se nourrir et même régulariser leur situation en tant qu'immigrés.
«Le permis fermé est un outil de contrôle puissant pour les employeurs, indique Patrice Jalette. Les travailleurs sont dans une position de faiblesse, car ils craignent de perdre leur permis et d'être expulsés s'ils dénoncent des abus ou des conditions de travail inacceptables. Cela les rend plus susceptibles d'accepter des situations difficiles et de rester silencieux face aux injustices.»
Selon Patrice Jalette et Blandine Emilien, cette précarité a des conséquences majeures sur la vie des travailleurs étrangers temporaires.
«Ils vivent dans la peur constante de perdre leur emploi et leur statut, ce qui peut les conduire à accepter des conditions de travail dangereuses ou, dans certains cas, discutables, déplorent-ils. De plus, le permis fermé peut être utilisé comme moyen de pression afin de les décourager de réclamer de meilleures conditions ou de vouloir améliorer leur sort.»