La recherche-création au cœur d’une exposition immersive

«Je te laisserai dormir de mon côté du lit», installation réalisée par le collectif NOKTA

«Je te laisserai dormir de mon côté du lit», installation réalisée par le collectif NOKTA

Crédit : Amélie Philibert, Université de Montréal

En 5 secondes

En associant recherche et création, la nouvelle exposition de la Galerie de l’UdeM démontre la richesse du dialogue entre création et réflexion critique. À découvrir jusqu’au 14 juin.

La nouvelle exposition présentée à la Galerie de l’Université de Montréal à l’occasion de la Triennale recherche-création offre une plongée fascinante dans l'univers foisonnant de la recherche-création à l’UdeM. Cette démarche artistique et intellectuelle permet de soulever de multiples questions d’ordre sociétal, qu’il s’agisse de résistance politique, de migration, de durabilité urbaine ou encore d’identité diasporique.  

Fruit d’une collaboration entre la Galerie et le Vice-rectorat à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation de l’Université, cette exposition présente plusieurs œuvres engagées sous forme d’installations, de photographies, de création littéraire ou encore d’art algorithmique. 

Une constellation de projets interreliés

Au fil de leur parcours, les visiteurs découvrent une constellation d'œuvres qui résonnent entre elles. «Nous avons voulu que ce soit les projets sélectionnés eux-mêmes qui donnent une direction à l'évènement. C'est un pari risqué, mais nous nous sommes ouverts à l'imprévisible et nous avons finalement constitué une véritable constellation», explique Analays Alvarez Hernandez, professeure au Département d’histoire de l’art, de cinéma et des médias audiovisuels de l’Université de Montréal et cocommissaire de l'exposition. 

Cette métaphore de la constellation illustre aussi les liens qui unissent chercheurs et artistes, établissements d’enseignement et de recherche et organismes communautaires. L'exposition dépasse ainsi le cadre universitaire pour s'ancrer dans un réseau plus vaste d'échanges et de collaborations. 

Des multiples résonances dans un environnement immersif

L’installation sonore «Here-Now-Then no. 2», de Saadi Daftari

L’installation sonore «Here-Now-Then no. 2», de Saadi Daftari

Crédit : Amélie Philibert, Université de Montréal

Les projets résonnent les uns avec les autres et convient les visiteurs à entrer en résonance avec eux. Ainsi, à l’entrée, quatre enceintes captent les bruits environnants et les transforment en échos électroniquement modifiés avec l’installation sonore Here-Now-Then no. 2, de Saadi Daftari, étudiant de maîtrise en composition musicale et création sonore à l’Université de Montréal. L’artiste nous invite à parler à notre tour dans l’un des micros. Nous entendons alors des échos de nos propos déformés aléatoirement par des algorithmes et qui sont mêlés au bruit ambiant, ce qui montre partiellement la manière dont cette histoire sonore est construite et diffusée.  

À côté, dans l’installation Nous sommes venus écrire avec vous, des écouteurs permettent d'entendre des voix de jeunes du Collège de Bois-de-Boulogne ayant grandi dans un monde pandémique. Dans ce projet de création littéraire participatif, Clara Dupuis-Morency, coordonnatrice à la Faculté des arts et des sciences, et les professeurs de littérature de l’UdeM Catherine Mavrikakis et Simon Harel sont allés à la rencontre des adolescents pour laisser leur parole émerger. Nous découvrons par exemple celle d’Aya, qui exprime son identité plurielle: «Le temps m’a appris que mon apparence appartenait au Maroc / Et que ma langue appartenait à celle du phoque/ Dans ma maison où le dîner était une poutine et le souper un tajine.» 

S’interroger sur l'urbanité

"Tranzicija Triptychs" de Tamara Vukov

«Tranzicija Triptychs», de Tamara Vukov

Crédit : Amélie Philibert, Université de Montréal

L'urbanité occupe une place centrale dans l'exposition. «La ville est un élément majeur des projets présentés et se retrouve dans presque chacune des œuvres», confirme Laurent Vernet, directeur de la Galerie et cocommissaire. Ainsi, dans Décomposer Buenos Aires: un cadavre exquis architectural, la professeure de la Faculté de l’aménagement Marie-Josèphe Vallée revisite des figures iconiques de l'architecture de la capitale argentine sous la forme d'un montage-collage surréaliste.  

Dans la pièce d’à côté, Tranzicija Triptychs, l’installation vidéo immersive de la professeure du Département de communication Tamara Vukov, retrace la lutte d’ouvriers d’une usine autogérée en Serbie opposés à une privatisation brutale post-yougoslave.  

Dans une autre perspective, Ville-refuge, sous la direction de la professeure d’architecture Irena Latek, aborde la question de l'accueil et de la solidarité urbaine à travers une recherche-création menée dans trois quartiers montréalais. Ainsi, son ancienne étudiante Laetitia Bégin-Houde s’est demandé quelles images les nouveaux arrivants se faisaient du quartier Saint-Michel: «Ce lieu qu’on appelle terre d’accueil en est-il vraiment une? Arpenté dans la perspective d’une intervention architecturale d’accueil, Saint-Michel se révèle plutôt inhospitalier. L’omniprésence d’infrastructure de déplacements révèle davantage un secteur de transitions métropolitaines qu’un quartier convivial.» D’autres étudiants et étudiantes explorent diverses formes de vivre-ensemble dans une approche pluridisciplinaire, comme Hatim Assikar, qui propose de créer une tour qui «vise à abriter des rencontres stimulant la découverte de l’individualité de chacun, aidant à retrouver l’identité de tous». 

L’onirisme, un autre fil conducteur

"Décomposer Buenos Aires: un cadavre exquis architectural" de Marie-Josèphe Vallée

«Décomposer Buenos Aires: un cadavre exquis architectural», de Marie-Josèphe Vallée

Crédit : Amélie Philibert, Université de Montréal

Les œuvres proposées ne se limitent pas à révéler de froids récits sociopolitiques; elles ouvrent aussi la voie à l'imaginaire et à l'onirisme. Ainsi, dans Celui qui se bat, les artistes Ludovic Boney et Anne-Marie Proulx, partis dans la Station de biologie des Laurentides de l’UdeM, nous transportent dans un monde lointain où l’achigan, un poisson d’eau douce, vole au-delà des conifères, participant ainsi à la création d’une mythologie inédite. 

Et dans l’installation Décomposer Buenos Aires: un cadavre exquis architectural, Marie-Josèphe Vallée crée «un cadavre exquis de différents bâtiments iconiques de Buenos Aires et les représente de façon onirique sur un tulle aérien, qui a une présence éthérée dans l'espace», déclare Laurent Vernet. L’artiste DIVA, diplômée en études cinématographiques, nous plonge quant à elle dans la mémoire et le rêve en réfléchissant sur l'identité d’Afro-Américains de La Nouvelle-Orléans dans Memoria 2020: lorsque les souvenirs ne suffisent plus. 

Plus loin, dans l’installation déstabilisante Je te laisserai dormir de mon côté du lit, le collectif NOKTA nous invite à pénétrer dans l’intimité d’une étrange chambre à coucher. Comme dans un conte de fées, un meuble est animé. Un autre défiant la gravité est suspendu dans les airs. Si le cœur vous en dit, vous pourrez, à votre tour, repenser votre rapport au monde allongé sur le lit présent dans la pièce!  

Informations pratiques

Galerie de l’Université de Montréal   
2940, chemin de la Côte-Sainte-Catherine
Pavillon de la Faculté de l’aménagement, salle 0056   

Horaire   
Du mardi au samedi, de 10 h à 17 h
Le jeudi, de 10 h à 19 h
Jusqu’au 14 juin 

Pour connaître tous les projets de la Triennale recherche-création: laboinnovation.umontreal.ca/triennale/  

Sur le même sujet

exposition recherche-création arts