Les femmes qui se portent candidates: une chance électorale à saisir!
- UdeMNouvelles
Le 25 mars 2025
- Martin LaSalle
Les gens qui croient que les femmes qui se déclarent candidates aux élections sont désavantagées ont tout faux, selon deux études réalisées par le politologue André Blais, de l’Université de Montréal.
Avec le déclenchement des élections fédérales canadiennes survenu le 23 mars, une question s'impose: les femmes ont-elles autant de chances que les hommes d'être élues?
Selon les recherches menées par les politologues canadiens André Blais et Semra Sevi, la réponse est encourageante pour la parité en politique: bien que la représentation féminine reste minoritaire au Parlement et dans les assemblées législatives, leurs études révèlent que, lorsqu'il s'agit de voter, la population canadienne ne pénalise pas les candidates.
Au contraire, certains traits de personnalité traditionnellement considérés comme «féminins» pourraient constituer un avantage dans la course aux suffrages!
Ainsi, la sous-représentation des femmes parmi les élus ne serait pas attribuable aux préjugés de l’électorat, mais plutôt aux mécanismes de recrutement des partis et aux obstacles institutionnels qui limitent leur accès aux candidatures.
Une analyse qui devrait inciter les partis politiques à revoir leurs stratégies pour la campagne qui s'amorce.
Une évolution historique favorable aux candidates
Dans une première étude publiée en 2019 dans la Revue canadienne de science politique, Semra Sevi, Vincent Arel-Bundock et André Blais ont analysé plus de 21 000 candidatures sur 29 élections générales depuis 1921 et constaté que, si les femmes obtenaient en moyenne moins de votes que les hommes, cet écart s'explique principalement par des facteurs contextuels.
«Les femmes se présentaient pour des partis plus faibles au départ, ce qui explique qu’elles n'étaient pas souvent élues, résume André Blais en évoquant les travaux de sa doctorante devenue professeure à l'Université de Toronto. Si l'on tient compte de ces variables, comme l'affiliation partisane et la compétitivité des circonscriptions, l'écart entre hommes et femmes se réduit considérablement.»
En fait, l'évolution historique montre une nette progression de l’avancée politique féminine: dans les années 1920, les candidates recevaient en moyenne 2,5 points de pourcentage de moins en termes de votes que leurs homologues masculins. Aujourd'hui, cette différence est quasi inexistante, l’écart se situant autour de 0,5 point de pourcentage, une différence statistiquement non significative.
Pour André Blais, ces résultats sont sans équivoque: «Il n'y a pas de biais contre les femmes quant à la probabilité de succès aux élections au Canada, hormis peut-être pour le poste de premier ministre», précise-t-il.
Des qualités «féminines» supplantent les «masculines»
Une étude plus récente, publiée dans Acta Politica en 2024 par André Blais et Semra Sevi, s'intéresse aux traits de personnalité mis de l’avant par les candidates et candidats et à leur incidence sur les choix de l’électorat.
Cette recherche expérimentale a été réalisée en ligne auprès de 47 groupes de 10 participantes et participants américains qui étaient de possibles candidats à différents scrutins, dont un avec campagne où ils devaient nommer leur plus belle qualité personnelle.
Les deux chercheurs ont relevé 29 traits de personnalité, certains jugés «féminins» comme la compassion, la loyauté et la patience, et d’autres catalogués comme «masculins» telles la fiabilité, l'intelligence et la détermination.
Étonnamment, les traits les plus fréquemment choisis par les candidats et les candidates pour se présenter étaient l’honnêteté, l’ouverture d’esprit et la compassion, trois caractéristiques situées haut sur l'échelle de féminité.
Plus révélateur encore, les répondantes et répondants ayant manifesté des traits féminins ont obtenu davantage de votes, avec un avantage particulièrement marqué pour les hommes mettant en avant ces qualités.
«Quand on parle seulement de qualité de celles et ceux qu se portent candidats, il n'y a pas de lien désavantageux associé aux traits féminins et l’on observe peut-être même un petit avantage, souligne André Blais. Ces résultats vont à l'encontre de l'idée reçue selon laquelle les qualités féminines seraient un handicap en politique.»
Des obstacles persistent malgré l'évolution des mentalités
Si l’électorat canadien ne discrimine plus les candidates en fonction de leurs qualités dites féminines, comment expliquer leur sous-représentation persistante?
Selon André Blais, la réponse se trouve du côté des partis politiques et des mécanismes de recrutement. «Les femmes demeurent sous-représentées parce que, traditionnellement, les hommes sont plus intégrés dans les réseaux partisans et que les élus sortants sont souvent des hommes», analyse-t-il.
Cette observation rejoint les conclusions d’autres recherches internationales qui désignent plusieurs obstacles à la participation politique des femmes, tels les contraintes liées au territoire où elles se présentent, la compétition accrue lors des campagnes visant à choisir qui représentera le parti, les défis de financement et les obstacles médiatiques.
«Les stéréotypes de genre restent également problématiques, créant un double piège: si les femmes affichent trop de traits féminins, elles risquent d'être perçues comme faibles et, si elles adoptent des traits masculins, elles peuvent être jugées antipathiques», ajoute le professeur émérite.
Cependant, l'évolution des perceptions quant au leadership politique offre des raisons d'espérer. L'étude de 2024 s'inscrit dans la lignée des travaux récents qui constatent que les candidats et candidates n'hésitent plus à mettre en avant des traits typiquement féminins, ce qui évoque un environnement politique plus ouvert à divers styles de leadership.
«Les partis politiques canadiens ont donc tout intérêt à recruter davantage de femmes pour les élections à venir, conclut André Blais. Puisqu'elles ne souffrent pas d'un handicap électoral significatif, leur sous-représentation résulte davantage d'obstacles institutionnels que d'une préférence de l’électorat pour les hommes.»
À propos de ces études
L’article «Do Women Get Fewer Votes? No.», par Semra Sevi, Vincent Arel-Bundock et André Blais, a été publié en mars 2019 dans la Revue canadienne de science politique.
L’article «Are feminine traits a liability in elections?», par André Blais et Semra Sevi, a été publié en avril 2024 dans la revue Acta Politica.