De grands pouvoirs dans les mains des juges
Adoptée après les attentats du 11 septembre 2001, la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés impose depuis 2002 une interdiction d’entrer ou de rester sur le territoire canadien aux personnes qui ne sont pas citoyennes lorsqu’elles commentent un délit qui appartient à la catégorie dite de la «grande criminalité». S’il en est ainsi depuis plus de deux décennies, ce n’est qu’en 2013 que la Cour suprême a rappelé aux juges canadiens qu’ils devaient prendre en compte les conséquences en matière d’immigration lors de leurs décisions sur la détermination de la peine.
«Auparavant, la chose la plus sérieuse qu’un juge pouvait décider était de condamner quelqu’un à des années de prison. Depuis, on leur a indirectement ajouté le pouvoir de déporter quelqu’un et de lui interdire de revenir au pays. C’est un pouvoir qui dépasse largement celui d’envoyer un individu en prison qui, dans la plupart des cas, en sortira et sera réhabilité», résume l’étudiante. D’autant plus que, depuis 2013, la Loi accélérant le renvoi de criminels étrangers a restreint le droit des résidents permanents de faire appel de cette décision.
Mais tous les juges n’interprètent pas ce nouveau pouvoir de la même manière. La doctorante a voulu dans sa thèse décortiquer ce processus de réflexion. «Depuis que je suis toute petite, le raisonnement des juges me fascine. Leur raisonnement est comme une boîte noire», remarque Meritxell Abellan-Almenara. Étant donné les conséquences lourdes pour les personnes immigrantes, le sujet était d’autant plus pertinent, croit-elle.