Dalia Gesualdi-Fecteau a souligné que le projet de loi no 89 est susceptible de contrevenir à la liberté d’association, protégée par les chartes canadienne et québécoise, ainsi qu’aux conventions de l’Organisation internationale du travail.
«Le droit de grève, reconnu comme un élément essentiel de la négociation collective, est restreint de manière disproportionnée dans ce projet de loi, a déclaré l’avocate en droit du travail. L’arbitrage imposé même après le déclenchement d’une grève prive les parties de leur droit de négocier librement les conditions de travail.»
Elle estime aussi que la notion de «bien-être de la population» contenue dans le projet de loi est vague et subjective, ce qui crée une incertitude juridique. Il en va de même des concepts de sécurité sociale, économique et environnementale, qui ont le potentiel de couvrir un large champ d’action.
«Cette inflation conceptuelle et normative dépasse largement les critères établis pour les services essentiels, traditionnellement limités à la santé et à la sécurité publique», a ajouté Dalia Gesualdi-Fecteau.
De plus, les changements apportés par le projet de loi ouvrent selon elle la porte à la judiciarisation des relations de travail. «Il y aura une multiplication des contestations de nature constitutionnelle, ce qui créera une période d’instabilité juridique et pratique, et les nombreux recours devant les tribunaux affaibliront la stabilité du système des relations de travail», a-t-elle prédit.
Pour sa part, Anne-Julie Rolland considère que le projet de loi menace la primauté du droit en accordant au pouvoir exécutif, soit au ministre du Travail ou au gouvernement selon le cas, un pouvoir discrétionnaire. «L’absence de critères clairs pour l’exercice de ces pouvoirs risque d’engendrer des inégalités devant la loi, a-t-elle dit. Par exemple, le pouvoir exécutif pourrait intervenir dans certains secteurs tout en ignorant d’autres conflits similaires, ce qui contreviendrait au principe d’égalité.»
«Les lois spéciales adoptées par le passé ont démontré que le tort causé par ces interventions n’est jamais complètement réparé, car elles portent atteinte à la négociation, à la liberté d’association et n’améliorent pas pour autant les conditions de travail», a poursuivi la chargée d’enseignement.