Le patrimoine culturel, un oublié des élections
Experte en patrimoine bâti, Claudine Déom déplore qu’il soit trop souvent absent des débats électoraux fédéraux. Pourtant, un revers majeur a récemment marqué le milieu du patrimoine: l’abandon du projet de loi C-23, Loi concernant les lieux, personnes et événements d’importance historique nationale ou d’intérêt national, les ressources archéologiques et le patrimoine culturel et naturel, mort au Feuilleton en raison de la prorogation du Parlement. Cette loi visait à combler une lacune majeure: le Canada est le seul pays du G7 sans législation protégeant ses propres lieux patrimoniaux désignés.
«Concrètement, l’abandon de cette loi laisse des centaines de lieux culturels sans protection légale, indique la professeure d’architecture. Des bâtiments emblématiques comme les bureaux de poste, les pénitenciers, les phares ainsi que des infrastructures telles que les canaux et les ponts restent vulnérables. Le projet de loi C-23 aurait imposé aux ministères fédéraux et à certaines sociétés d’État des mesures pour préserver la valeur patrimoniale de ces lieux, selon des normes et des principes d’excellence.»
Claudine Déom mentionne que cette loi aurait également permis une plus grande participation des Autochtones à la désignation et la conservation des sites historiques au pays, le gouvernement alignant ainsi ses politiques patrimoniales sur les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation.
Selon elle, cet abandon législatif représente «un non-sens pour la protection de l’héritage culturel canadien». Elle demande donc aux partis politiques de relancer «ce dossier essentiel qui touche non seulement à la préservation de l’histoire, mais aussi à la réconciliation avec les peuples autochtones».