Née en Roumanie, Szende Szentesi-Nejur a grandi dans une famille où les études étaient valorisées, avec une mère oncologue et un père ingénieur agronome, qui enseignait également. «L’influence de ma grande sœur, inscrite en géographie, a aussi été assez importante», note-t-elle. C’est en côtoyant les amis de sa sœur, qui étudiaient en architecture, qu’elle découvre cet univers. «J’ai été séduite par cette idée de pouvoir matérialiser une idée abstraite», dit-elle.
Après une carrière de quelques années partagée entre la pratique, l’enseignement et la recherche, la spécialiste en science du bâtiment et matérialité vient de se joindre à l’équipe de l’École d’architecture de l’Université de Montréal à titre de professeure adjointe.
De la Roumanie au Québec
Titulaire d’un baccalauréat et maîtrise intégrée en architecture de l’Université technique de Cluj-Napoca, en Roumanie, Szende Szentesi-Nejur fonde son propre bureau d’architecture avant d’entamer son doctorat et d’obtenir un poste d’enseignante à la même université.
En 2020, elle s’installe au Québec avec sa famille pour pouvoir se consacrer entièrement à la carrière universitaire. «Je ne parlais pas français, ç’a été une grosse adaptation!» constate-t-elle. Elle a enseigné durant trois sessions à l’Université de Montréal en tant que professeure invitée, en plus de travailler comme architecte dans un bureau spécialisé dans les projets institutionnels. «Ça m’a permis de comprendre la culture de la construction au Québec», poursuit la chercheuse.
En 2022, elle est engagée par l’Université Laval, mais saisit l’occasion de revenir à l’UdeM lorsqu’elle se présente. «J’ai vécu une très belle expérience à l’Université Laval, avec des collègues formidables. Revenir à l’Université de Montréal correspondait à la suite que je souhaitais donner à mon parcours», souligne-t-elle.
Celle qui possède une formation en psychopédagogie (un prérequis pour enseigner en Roumanie) donne cet automne le cours de deuxième cycle Pensée constructive et dirigera cet hiver un cours de développement de projet en deuxième année du baccalauréat.
Pour des bâtiments plus écologiques
Au cœur de ses recherches et de sa pratique, la conception de bâtiments durables et moins énergivores. «Optimiser l’emplacement et la configuration des ouvertures aide à réduire la consommation d’énergie, donne comme exemple Szende Szentesi-Nejur. À court terme, ce n’est peut-être pas perceptible, mais sur une durée de vie de 100 ans, ça s’accumule.»
Celle qui a grandi dans des maisons européennes construites très différemment a commencé à s’intéresser à ce sujet après ses études doctorales, qui portaient sur les logements collectifs des années 1960 en Europe de l’Est. «Qu’est-ce qu’on fait avec ce patrimoine? Ça m’a sensibilisée à la limitation des ressources et à la façon dont la politique et la société façonnent notre environnement», remarque-t-elle. La culture de la construction et les façons d’habiter diffèrent grandement dans le monde, comme elle a pu le constater de visu.
S’inspirer de pratiques différentes
Avec ce nouveau poste à l’UdeM, Szende Szentesi-Nejur poursuivra ses travaux de recherche sur l’optimisation environnementale, notamment de l’éclairage grâce aux outils numériques. Elle se penchera également sur les matériaux biosourcés et géosourcés, par exemple la terre crue dans les constructions en pisé, une technique peu répandue au Québec.
«Je m’intéresse aux constructions ayant une haute masse thermique», précise la professeure. Contrairement à la plupart des bâtiments dans la province, qui misent sur des ossatures légères de bois ou d’acier et des murs de gypse, ces constructions comportent des matériaux comme le pisé, mais aussi le béton, la brique ou la céramique, qui permettent d’emmagasiner puis de restituer progressivement la chaleur. Cette inertie thermique permet d’atténuer les variations de température intérieures et d’améliorer le confort des occupants. «Je cherche à mieux comprendre le comportement réel de cette masse thermique et à la comparer aux prédictions de performance», ajoute-t-elle.
La chercheuse aimerait par ailleurs poursuivre son exploration du biochar, un charbon obtenu à partir de résidus forestiers, une réflexion amorcée dans un projet d’équipe soumis pour le pavillon du Canada à la Biennale d’architecture de Venise 2027. Son équipe a été retenue parmi les finalistes.
En intégrant la Faculté de l’aménagement, Szende Szentesi-Nejur espère faire appel à différentes disciplines pour résoudre ces questions complexes: «Les questions de durabilité ne s’appliquent pas uniquement au bâtiment, elles doivent être travaillées à l’échelle du quartier, du système.» Le design passif doit faire place au design régénérateur. «Ce n’est plus juste de réduire les effets négatifs, il faut chercher à produire des effets positifs sur les milieux que nous habitons», conclut-elle.