Les nouveaux visages de la solitude: une courbe qui s'inverse
L'un des constats les plus frappants des recherches récentes concerne l'évolution de la solitude selon l'âge. Alors que les études des années 1970-1980 montraient une courbe ascendante – plus on vieillissait, plus on risquait d'être seul –, cette tendance s'est inversée depuis deux décennies.
«Aujourd'hui, la solitude touche particulièrement les adolescents et les jeunes adultes au Québec et au Canada, et les adultes dans la fin de la vingtaine ou dans la trentaine en Europe, indique la professeure. Le phénomène s'est accéléré avec la pandémie, qui a particulièrement affecté les jeunes: les dernières enquêtes révèlent que le nombre de jeunes se sentant seuls dépasse maintenant celui des personnes âgées.»
Les conséquences sont également collectives. La professeure donne l’exemple des kodoku-shi («morts solitaires»), un phénomène qui, parti du Japon, gagne l'Amérique du Nord et l'Europe. Face à cette réalité, certains pays ont même créé des ministères de la Solitude. Une autre manifestation préoccupante de la solitude, selon Cécile Van de Velde, est l'accroissement des phénomènes de retrait social comme les hikikomori, ces jeunes qui s'enferment chez eux et coupent tout lien avec l'extérieur.
«Cette transformation majeure remet en cause les structures sociales contemporaines, poursuit-elle. Les sociologues tentent de comprendre comment des facteurs structurels comme la compétition, la pression pour réussir ses études, la mobilité et le chômage contribuent à cette solitude croissante chez les jeunes générations.»