Et si l’attachement influençait le «coming out»?

En 5 secondes Un projet de recherche lancé cet été vise à comprendre comment la qualité du lien d’attachement durant l’enfance influence la manière dont une personne vivra cette divulgation.
Selon Milica Djordjevic, les personnes ayant créé un lien d’attachement sécurisant dans l’enfance pourraient être plus à l’aise de se livrer à un cercle plus élargi.

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Pas de vacances pour la science! Article 46 / 47

Le moment du coming out représente souvent une étape charnière dans la construction de l’identité pour les membres de la communauté LGBTQ+. Cette démarche profondément personnelle comporte de nombreux enjeux relationnels et émotionnels, mais un facteur reste encore peu étudié: le rôle de l’attachement développé durant l’enfance dans la manière dont une personne vit cette divulgation de son orientation sexuelle ou de son identité de genre. 

«Les études portant à la fois sur les réalités LGBTQ+ et sur les processus relationnels profonds comme le lien d’attachement demeurent peu nombreuses», a constaté Milica Djordjevic, étudiante de maîtrise en psychologie encadrée par Audrey-Ann Deneault, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal. 

Pour creuser la question, elle a entamé cet été une étude qui concerne ces deux concepts intimement liés à la construction du soi. L’attachement renvoie aux liens affectifs qui se forment dès l’enfance avec les figures parentales ou les personnes qui prennent soin de l’enfant. Le coming out, de son côté, correspond à une forme de dévoilement de soi où le regard et les réactions de l’entourage peuvent avoir des conséquences sur le bien-être de la personne. 

Le passé comme prédicteur du futur?

L’objectif de la recherche n’est donc pas d’étudier comment le coming out modifie le lien d’attachement, mais plutôt l’inverse. Plus précisément, l’équipe souhaite examiner si les personnes ayant formé un lien d’attachement plus sécurisant, où l’on apprend à faire confiance aux autres grâce à leur disponibilité et à leur bienveillance, sont davantage enclines à révéler leur identité à plusieurs membres de leur entourage, qu’il s’agisse des parents, des amis, des collègues ou d’autres proches.  

L’étude s’intéressera aussi à la vigilance entourant cette divulgation: certaines personnes anticipent-elles davantage le rejet? Se montrent-elles plus prudentes avant de se révéler? Comment interprètent-elles les réactions des autres? 

Ces dimensions seront mises en relation avec plusieurs indicateurs de bien-être comme les symptômes d’anxiété et de dépression ainsi que le soutien social perçu. 

Pour l’instant, les hypothèses de départ reposent sur un continuum allant d’un attachement sécurisant à un attachement moins sécurisant. Selon Milica Djordjevic, les personnes ayant créé un lien d’attachement sécurisant dans l’enfance pourraient être plus à l’aise de se livrer à un cercle plus élargi. Elles seraient aussi potentiellement moins vigilantes face aux réactions attendues et plus susceptibles de percevoir celles-ci de manière positive. À l’inverse, un attachement plutôt insécurisant durant l’enfance pourrait rendre cette étape plus anxiogène en augmentant la peur du rejet et la vulnérabilité aux symptômes dépressifs ou anxieux. 

Une volonté de sensibilisation 

Au-delà de l’accompagnement des personnes concernées, Milica Djordjevic souhaite également que son projet soit porteur d’un message pour les familles. Elle rappelle que le lien d’attachement ne se limite pas à répondre aux besoins matériels de l’enfant. Au contraire, la qualité du lien affectif, le sentiment de sécurité et l’amour inconditionnel jouent un rôle déterminant dans la confiance que l’enfant développera envers ses proches. 

«Cette confiance peut ensuite teinter de grands moments de vie, comme le coming out. Lorsqu’un jeune se sent soutenu, écouté et accepté, cette étape pourrait être vécue avec beaucoup moins de peur. Au contraire, l’anticipation d’une réaction négative de la part des parents pourrait devenir une source importante de détresse», indique l’étudiante. 

Cette recherche vise donc à combler un vide dans les connaissances relatives à la communauté LGBTQ+ tout en offrant des pistes concrètes pour l’intervention psychosociale. 

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