Pour contrer un sida «d’importation» – transporté de l’Afrique à la France –, on rend disponibles pour les militaires français et les «filles libres» qu’ils fréquentent les premiers tests biologiques diagnostiques. L’Institut Pasteur de Bangui est mis à contribution pour faire ces tests, mais également effectuer la surveillance de cette maladie. Mais comme les sujets sont des militaires, les résultats restent secrets. «Ce sont des questions trop délicates politiquement. La France ne veut pas publiciser les recherches sur ses militaires», souligne Pierre-Marie David.
On se tourne alors vers les militaires centrafricains. C’est cette recherche, mise en place en 1989, qui prendra le nom de code «opération Bangui». «C’est une recherche secrète qui examine les virus présents chez les militaires, la prévalence et l’incidence du VIH pour éventuellement mettre en place un essai clinique pour un vaccin. Ça permettait de mener des travaux tranquillement et d’avoir un avantage concurrentiel par rapport aux autres scientifiques du Nord, comme les Américains», résume-t-il. Le secret est partagé par les autorités centrafricaines, qui peuvent tirer profit des potentielles retombées de la recherche tout en évitant que l’ampleur de l’épidémie chez les militaires s’ébruite.
«On en profitait pour donner des vaccins importants comme celui contre la fièvre jaune, ce qui a créé tout un amalgame dans la tête des gens», poursuit-il. Est-ce que les scientifiques inoculaient le VIH aux militaires centrafricains pour ensuite l’étudier? La machine à rumeurs s’emballe, alimentée par le voile de mystère entourant l’opération.