Ce sont ces entrevues et résultats de recherche que les étudiantes ont explorés pour concevoir leurs scénarios d’exposition. «Je leur avais lancé le défi de partir de notre matériel pour en tirer leur propre interprétation et construire leur vision de mise en espace de ce travail», remarque Olivier Vallerand. Les étudiantes, qui ont grandi dans une époque où ce diagnostic n’est plus un arrêt de mort, mais une maladie chronique, ont été fortement marquées par la répression policière et les tensions entre les forces policières, les militants et les communautés marginalisées. «Ce fut une surprise parce que c’est quelque chose que nous n’avions pas fait ressortir», constate-t-il.
Ainsi, la proposition de Laury Côté et Marguerite Picard pour la salle d’exposition de la Place-des-Arts rend visibles certaines tactiques des activistes. Une ligne du temps place d’abord les moments marquants de la crise, accompagnée d’extraits de journaux qui illustrent la stigmatisation que vivaient les malades à l’époque. Plus loin, des photos, presque à plat près du sol, évoquent les die-in, ces mises en scène illustrant la mort. «Les militants utilisaient la ville pour rendre visibles les corps malades et la mort», rappelle Olivier Vallerand. En plus d’une section sur l’utilisation des lieux clés (saunas, bars gais) comme espaces de prévention et d’une autre sur les lieux de mémoire construits (par exemple le parc de l’Espoir), une zone a été réservée au cœur de l’exposition pour permettre aux gens de se recueillir. «On y trouve de la documentation, de même qu’un endroit où les gens peuvent laisser leurs témoignages, qui pourraient être utilisés dans de futures recherches», ajoute-t-il.
Dans le foyer du théâtre Duceppe, des images de manifestations et des extraits d’entrevues faites dans le cadre du projet de recherche et de la pièce de théâtre sont affichés sur des panneaux de contreplaqué. Les étudiantes Léa Dos Santos Riboux et Éléonore Leimanis, avec la collaboration de Talia Viardot, ont voulu représenter les manifestations dans la ville en écho aux tactiques de collages urbains du groupe ACT UP (une abréviation de AIDS Coalition to Unleash Power), une association internationale de lutte contre le sida. Elles proposent aussi une œuvre conçue à partir de photos d’époque, où des silhouettes rouges côtoient des scènes de camaraderie entre des bénévoles qui sourient. «Ça illustre la tension entre les manifestants qui célèbrent et le contexte très dramatique», explique le professeur. Des extraits de vidéos seront par ailleurs projetés sur un échafaudage.
Ce dialogue des générations a permis de vulgariser la recherche de manière différente et dynamique. «C’était vraiment enrichissant de voir ce que les étudiantes ont retenu de nos travaux et comment elles se les sont réappropriés», conclut Olivier Vallerand.