«Microbiote hivernal»: le fruit de nos habitudes

En 5 secondes L’hiver et le temps des fêtes – avec son froid et ses excès – peuvent-ils perturber l’équilibre du microbiote intestinal? Oui… mais pas directement.
Emilia Liana Falcone affirme que ce sont les habitudes de vie modifiées qui influent sur l’équilibre microbien.

«L’hiver, il faut prendre plus de probiotiques.» «Le froid affaiblit les enzymes digestives.» «Les changements de lumière peuvent déséquilibrer la flore intestinale.» 

Ah oui? Les saisons ont-elles vraiment une influence sur le système gastro-intestinal, plus précisément sur le microbiote intestinal? 

La Dre Emilia Liana Falcone, professeure agrégée de clinique au Département de médecine de l’Université de Montréal et directrice de l’Unité de recherche en microbiome et défenses mucosales à l’Institut de recherches cliniques de Montréal, aide à rendre la question plus… digeste. 

D’abord, quelques notions 

Quand on parle du microbiote intestinal, on désigne l’ensemble des microorganismes qui peuplent notre intestin. «Il s’agit d’une communauté extrêmement complexe, composée majoritairement de bactéries, mais aussi de virus, de champignons et parfois de parasites», explique la Dre Falcone, également titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur le rôle du microbiote dans les erreurs innées de l’immunité et les syndromes postinfectieux. 

Le microbiote commence à se former dès la naissance, poursuit la chercheuse. Il se développe rapidement durant les premières années de vie, puis se stabilise progressivement. À l’âge adulte, il devient relativement stable et résistant aux changements, avant de perdre graduellement en diversité quand on vieillit.  

Tout au long de ce parcours, il joue un rôle fondamental dans la formation et le développement du système immunitaire, mais aussi pour le métabolisme, la digestion et l’accès aux nutriments. 

Lorsque le microbiote est perturbé négativement – ce qu’on appelle une dysbiose –, cela peut altérer la barrière intestinale, la rendre plus perméable et favoriser une inflammation locale. Cette inflammation peut devenir systémique et ultimement nuire aux réponses immunitaires.

 

Des effets essentiellement indirects 

Puisque le microbiote adulte est relativement stable, peut-il vraiment varier au fil des saisons? En gros oui, mais les changements observés durant l’hiver sont surtout liés à des modifications du mode de vie, dit la Dre Falcone.  

Par exemple, pendant le temps des fêtes, il est commun de consommer moins de fruits, de légumes et de fibres, et davantage d’aliments riches en gras, en glucides ou en protéines. Cette diminution de la diversité alimentaire, particulièrement en fibres végétales, peut influencer la composition du microbiote. 

Ensuite, il arrive qu’on soit moins actif durant cette période. «Même si le lien exact entre exercice et microbiote demeure complexe, certaines études donnent à penser qu’une activité physique régulière est associée à une plus grande diversité microbienne», note la chercheuse. Une baisse de l’activité physique pourrait donc, indirectement, modifier cet équilibre. 

La saison froide est aussi celle des infections. Le fait de passer plus de temps à l’intérieur, dans des endroits clos, augmente l’exposition aux virus respiratoires. «Certaines infections virales peuvent altérer le microbiote intestinal et, si elles conduisent à la prise d’antibiotiques, l’effet devient encore plus marqué», précise la professeure.

 

Spécificités climatiques 

Ce n’est donc pas l’hiver en soi qui agit sur le microbiote, mais bien l’ensemble des comportements qui l’accompagnent. La Dre Falcone assure d’ailleurs que le froid en lui-même n’a pas d’effet direct, puisque notre température corporelle est étroitement régulée et qu’ainsi un refroidissement interne aurait des conséquences bien plus graves que de simples changements microbiens.  

Or, souligne-t-elle, des perturbations dans le rythme circadien – cette horloge interne qui synchronise nos fonctions biologiques et physiologiques – peuvent influencer le microbiote. 

«En hiver, la diminution de l’exposition à la lumière naturelle, combinée avec des changements d’horaires de sommeil, notamment durant la période des fêtes, pourrait perturber ce rythme. Par exemple, on sait que le décalage horaire ou le travail de nuit peuvent modifier la composition du microbiote et être associés à des dysfonctionnements métaboliques», indique la chercheuse.  

Mais là encore, l’effet sur le microbiote est indirect: ce sont les habitudes de vie modifiées qui influent sur l’équilibre microbien.

 

Bien nourrir son microbiote au quotidien 

Sachant que ce sont surtout les comportements qui engendrent les changements du microbiote en hiver, la stratégie pour soutenir un microbiote sain est évidente: adopter de bonnes habitudes. Cela veut dire faire de l’activité physique régulièrement, bien dormir, mais, surtout, privilégier une alimentation riche en fibres provenant de sources végétales. 

Et la prise de probiotiques pourrait-elle aider? Ce n’est pas sûr.  

«Certaines études montrent que, chez la majorité des gens, les probiotiques traversent le tube digestif sans s’implanter, soutient la Dre Falcone. Et une fois la supplémentation arrêtée, les bienfaits souvent disparaissent, lorsqu’il y en a. Certaines personnes peuvent même ressentir des effets secondaires, comme des ballonnements ou des douleurs abdominales.»  

Comme quoi, une dysbiose à ce temps-ci de l’année peut effectivement survenir, mais ce n’est pas la saison festive et froide elle-même qui en est responsable, mais bien la façon dont nous vivons cette période.

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