Les données recueillies sur les petits mammifères montrent que la prévalence de l'infection varie considérablement selon les espèces, allant de 7,1 % chez les grandes musaraignes à 64,7 % chez les tamias rayés. Par comparaison, l’infection touchait 31,1 % des souris à pattes blanches.
«Nos analyses statistiques ont confirmé que les tamias étaient trois fois plus infectés que les souris, même en tenant compte de la présence de nymphes en train de se nourrir sur l'animal», souligne Raphaëlle Audet-Legault.
L'étude a également révélé que les mâles étaient deux fois plus susceptibles d'être infectés que les femelles, tous taxons confondus. «Ils se font plus piquer parce qu'ils sont plus explorateurs», mentionne la chercheuse. Ce comportement les expose davantage aux tiques dans leur environnement.
Les tamias portaient aussi 39,6 % des nymphes prélevées sur l'ensemble des petits mammifères, malgré leur faible représentation dans les captures, vraisemblablement parce qu’ils «sont fortement piqués par les tiques, étant très actifs dans la nature», précise la chercheuse.
Outre la prévalence de l'infection, l’équipe a mesuré la capacité réelle des petits mammifères à transmettre la bactérie aux tiques. Les résultats montrent que 60 % des tamias infectés ont transmis l'infection à au moins une larve en train de se nourrir, comparativement à 57,9 % pour les souris. Plus révélateur encore, les tamias infectés ont transmis la bactérie à une moyenne de 52,9 % des larves se nourrissant sur eux, contre 36,8 % pour les souris.
Plusieurs facteurs expliquent cette «efficacité». «On soupçonne que leur réponse immunitaire est différente, indique Raphaëlle Audet-Legault. Quand ils sont infectés, cela pourrait durer plusieurs semaines et ils auraient alors plus d’occasions d'infecter plus de tiques.»
La durée de vie des tamias, qui peut atteindre jusqu'à huit ans dans certains cas contre moins d'un an pour les souris, leur confère également plus d'occasions de contaminer des tiques tout au long de leur existence.
«Dans le futur, il serait intéressant de mesurer précisément la durée de la période infectieuse des tamias pour les tiques, en vue de concevoir des stratégies préventives efficaces en appliquant l'approche Une seule santé, qui reconnaît l'interdépendance des santés humaine, animale et environnementale», observe Raphaëlle Audet-Legault.
Se protéger des tiques et de l’anaplasmose granulocytaire
La transmission de la bactérie Anaplasma phagocytophilum à l'humain ne s’effectue pas directement par les petits mammifères, mais par la tique infectée. Les symptômes de l'anaplasmose ressemblent à ceux de la grippe: fièvre, faiblesse, maux de tête, douleurs musculaires. Contrairement à la maladie de Lyme, elle n'entraîne pas d'érythème migrant, cette cible rouge caractéristique sur la peau. La bactérie peut aussi se transmettre un peu plus rapidement que celle responsable de la maladie de Lyme.
«Pour éviter les piqûres de tiques, il faut rester dans les sentiers, porter des vêtements longs, mettre ses bas par-dessus le pantalon, porter du chasse-moustique à base de DEET», recommande Raphaëlle Audet-Legault. Après une activité en plein air, il est essentiel de s'inspecter minutieusement. Les nymphes mesurent de 1,5 à 2 mm et sont particulièrement actives au printemps, période où les gens commencent à s’exposer à l’extérieur et peuvent être moins prudents.
Il y a moins de risque d'infection si la tique est enlevée dans les 24 heures suivant la piqûre. Toutefois, cette fenêtre de temps demeure courte et la vigilance reste de mise.