La communication au cœur des enjeux
Pour mieux comprendre le déroulement des évacuations, l’équipe de recherche a interrogé des répondants rattachés à des organisations communautaires, à la sécurité civile et aux services de santé et de santé publique. L’échantillon comprenait des intervenants de cinq municipalités du Nord-du-Québec: Chapais, Villebois et Valcanton, Lebel-sur-Quévillon, Chibougamau et Radisson.
Selon Stéphane Perron, les témoignages reçus ont confirmé que les problèmes observés au Québec rejoignaient ceux rapportés ailleurs dans le monde, notamment en Australie dans les fréquents incendies de végétation.
Mais, à ses yeux, un thème revenait plus que tous les autres: la communication.
«Les récits décrivaient une multiplication de porte-paroles, des messages contradictoires et une volonté excessive de rassurer la population, souvent au détriment d’une information claire sur la nature réelle du danger. Une situation qui a parfois brouillé les priorités», mentionne le chercheur.
Par exemple, dans le Sud, la population se préoccupait surtout de la qualité de l’air, alors que, dans le Nord – où l’air était encore plus dégradé –, les gens craignaient avant tout de succomber dans les flammes ou qu’elles détruisent leurs biens.
«La confusion autour du risque à surveiller rendait la prise de décision plus difficile. L’information devrait être structurée selon des priorités claires, en indiquant par exemple qu’une mauvaise qualité de l’air, même très prononcée, justifie rarement une évacuation massive, alors qu’un feu à proximité ou le risque de perdre les voies de sortie constitue une menace directe et urgente», ajoute Stéphane Perron.
Des vulnérabilités mises au jour
Les témoignages ont également braqué les projecteurs sur les groupes les plus fragilisés par les évacuations. Les résultats de l’étude montrent que les personnes âgées, en particulier celles souffrant de troubles physiques ou neurocognitifs, ont été particulièrement éprouvées, car une évacuation précipitée peut provoquer «une désorganisation grave, des oublis de médication ou une perturbation des suivis médicaux essentiels».
Aussi, les personnes dont la subsistance dépend du milieu naturel, comme les éleveurs d’animaux, vivaient, elles, la perte potentielle de leurs biens comme un déchirement, ce qui menait parfois à des hésitations à partir, voire à des refus de quitter les lieux. Même constat pour les propriétaires d’animaux de compagnie.
D’autres individus, souvent plus économiquement défavorisés ou socialement isolés, se retrouvaient souvent dans les refuges, où assurer un suivi médical, psychosocial ou matériel adéquat constituait un défi majeur.
«La préparation des évacuations futures doit tenir compte des besoins particuliers des populations les plus vulnérables face aux conséquences de tels évènements», estime Stéphane Perron.
Et pour l’avenir?
L’étude porte à croire que l’amélioration des évacuations passe d’abord par une communication plus cohérente et une prise en compte de la diversité des besoins. On propose de prévoir du transport adapté pour les personnes vulnérables, de considérer les animaux dans l’évacuation, d’accroître dans les refuges la présence d’intervenants sociaux ou de membres du personnel de la santé ou encore d’assurer un retour encadré pour les gens âgés ou atteints de troubles neurocognitifs.
«La préparation du Québec dépendra surtout de la capacité du système à institutionnaliser ces apprentissages plutôt qu’à les laisser s’effriter au gré des changements organisationnels. Car les évacuations massives liées aux feux de forêt ne sont probablement pas un évènement isolé, mais plutôt un phénomène amené à se répéter», résume Stéphane Perron.