Avant 2020, l'équipe de chirurgie orthopédique du Centre intégré de traumatologie de l'Hôpital du Sacré-Cœur-de-Montréal recevait un ou deux blessés par balle par mois, rarement plus. Puis est arrivée la pandémie.
Soudainement, les admissions se sont multipliées, les pics atteignant parfois 9 ou 10 cas par mois. «Nous avons voulu étudier et comprendre ce phénomène afin d'améliorer notre pratique», explique le Dr Philippe Moisan, résident sénior en chirurgie orthopédique de l'Université de Montréal et auteur principal d'une étude publiée dans le Journal canadien de chirurgie.
Pour ce faire, l'équipe dirigée par le Dr Georges Yves Laflamme a analysé cinq années de données, recueillies d'avril 2018 à février 2023. Elle a examiné tous les cas de blessures par arme à feu vus au Centre, l'un des deux seuls au Québec – avec celui de l'Hôpital général de Montréal – à traiter ce type de traumatismes.
Résultat: au cours des périodes de confinement et de couvre-feu liées à la pandémie de COVID-19, le nombre de personnes blessées par balle admises au Centre intégré de traumatologie a augmenté de 52 %. Une hausse qui s'est résorbée dès la levée des mesures sanitaires.
Des victimes jeunes et blessées dans l'espace public
L'étude, qui a porté sur 158 patients, s'est appuyée sur une analyse couvrant trois périodes distinctes. La première correspondait aux deux années précédant la pandémie, la deuxième concernait la période des mesures sanitaires strictes, de mars 2020 à janvier 2022, et la troisième couvrait l'année 2022, après la levée de ces mesures.
L'âge moyen des patients admis était de 35 ans, et près de la moitié avaient moins de 30 ans. Les hommes représentaient 91 % des patients.
Dans 70 % des cas, il s'agissait de tentatives d'homicide. Elles avaient été commises par des armes de poing à faible vélocité – c'est-à-dire dont les projectiles se déplacent moins rapidement et causent généralement des blessures moins graves – dans 78 % des cas. Aucun fusil militaire ni arme automatique n'ont été recensés.
Une donnée a retenu l’attention de l’équipe de recherche: 90 % des blessures sont survenues dans un lieu public.
Cette proportion prend tout son sens pendant la période de confinement, alors que l'espace urbain était largement déserté par la population générale. «On constate une corrélation claire entre la hausse du nombre de cas et la période de COVID-19 où il y avait les mesures de confinement. L’espace public était déserté, sauf certains lieux qu'occupaient les gangs de rue», souligne le Dr Moisan.
Les tentatives de suicide représentaient 8 % des blessures par balle, tandis que les accidents de chasse comptaient pour 3 % des cas. Dans 20 % des situations, la cause exacte de la blessure n'a pu être établie avec certitude.