Prééclampsie: prédire, prévenir et recentrer les soins sur les femmes enceintes

En 5 secondes L’étude SARABI vise à mieux prédire les risques liés à la prééclampsie afin d’améliorer les décisions cliniques et de recentrer les soins sur la santé cardiovasculaire des femmes.
L’équipe d'Isabelle Malhamé travaille à mettre au point un outil d’analyse du risque fondé sur l’imagerie cardiaque et des biomarqueurs.

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Journée internationale des femmes Article 55 / 55

La prééclampsie demeure aujourd’hui l’une des principales complications de la grossesse, avec des conséquences immédiates et durables sur la santé des femmes et de leurs enfants. Malgré les avancées en obstétrique, cette maladie continue de causer une morbidité et une mortalité maternelles importantes, en particulier au cours de la période aigüe, qui va de la fin de la grossesse aux premières semaines du postpartum.

L’étude SARABI – portée par la Dre Isabelle Malhamé, professeure de clinique à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, et une vaste équipe interdisciplinaire – se concentre précisément sur ce moment critique: l’équipe travaille à mettre au point un outil d’analyse du risque fondé sur l’imagerie cardiaque et des biomarqueurs. L’objectif: permettre une médecine de précision relative à la prééclampsie et améliorer la prise de décision en santé cardiovasculaire.

Au-delà de sa portée scientifique, l’étude SARABI est aussi – comme l’explique sa chercheuse principale – une étude qui replace la santé des femmes enceintes au cœur des questions cliniques en matière de prééclampsie. Elle propose un changement de paradigme: plutôt que de permettre des avancées seulement en fonction du moment idéal pour accoucher, elle invite à envisager la trajectoire de santé cardiovasculaire de la femme sur un continuum, pendant et après la grossesse, en reconnaissant des marqueurs de risque spécifiques et les déterminants structurels qui les aggravent.

Moderniser la prise en charge de la prééclampsie

Les cas de prééclampsie sont en progression, notamment en raison de facteurs de risque plus fréquents comme l’hypertension chronique, l’obésité, le diabète ou un âge maternel plus élevé. Ses conséquences vont au-delà de la grossesse: plusieurs complications graves surviennent durant le postpartum, qui peuvent laisser des séquelles durables sur la santé cardiovasculaire des femmes.

Pour chaque femme, comprendre «quel type» de prééclampsie elle a vécu devient essentiel pour le suivi médical sur les années suivantes. À l’échelle du système de santé, cette réalité oblige à repenser les parcours de soins pour ne pas cesser l’accompagnement de manière subite à l’accouchement. En alliant les images échographiques du cœur et des biomarqueurs issus du placenta ou du système cardiovasculaire, l’équipe espère mieux comprendre les formes qui touchent particulièrement le cœur et les vaisseaux et offrir au personnel clinique un repère pour intervenir plus tôt et tout au long du postpartum.

L’étude se déroule dans plusieurs centres canadiens et s’appuie sur un protocole robuste: des femmes enceintes atteintes de prééclampsie y participent au Centre universitaire de santé McGill, à l’hôpital Sunnybrook (Toronto) et bientôt au CHU Sainte-Justine, qui coordonnera l’ensemble du projet. Une cohorte pilote de 85 participantes a déjà permis d’affiner la méthodologie. «Notre objectif est de bâtir un modèle prédictif fiable qui s’intègre facilement à la clinique», dit la Dre Malhamé, également chercheuse au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine.

Une démarche validée avec les patientes

L’étude SARABI se distingue aussi par la place centrale accordée à l’expérience des femmes. Chaque étape de l’étude – choix des questionnaires, durée des rencontres, matériel éducatif – a été élaborée avec des patientes partenaires. Les outils de mesure à domicile ont été testés et adaptés pour être simples, rassurants et compatibles avec la réalité quotidienne des femmes.

De nombreuses participantes témoignent de leur motivation profonde: contribuer à rendre la grossesse plus sécuritaire pour les autres. Ce geste de solidarité met en lumière la valeur scientifique du vécu, un savoir indispensable pour orienter la recherche. Comme l’indique la Dre Malhamé: «L’expérience des patientes amène une expertise irremplaçable, tout aussi valable que le savoir médical.»

Vers une pratique de précision en obstétrique

Si les résultats de l’étude SARABI se confirment, la pratique clinique pourrait évoluer de manière importante. Les équipes pourraient mieux distinguer les femmes véritablement à risque et leur offrir un suivi cardiovasculaire personnalisé, comprenant des ajustements de traitements, une surveillance rapprochée et une orientation plus claire vers des parcours de prévention à long terme.

Ces améliorations aideraient à structurer de nouveaux standards de qualité en obstétrique, où la santé cardiovasculaire maternelle deviendrait un indicateur incontournable des bons soins. Une telle évolution permettrait aussi d’optimiser l’utilisation des ressources hospitalières et de réduire la charge associée aux complications évitables.

Pour une science qui n’oublie personne

Au-delà de ses objectifs cliniques, l’étude SARABI repose sur une manière différente de faire de la recherche. Pour la Dre Malhamé, cette étude montre à quel point les progrès en santé maternelle dépendent aussi de la façon dont on construit la science. «Avoir plus de femmes en recherche amène des questions différentes, une interprétation différente et un regard différent sur les enjeux, mentionne-t-elle. Mais ce n’est qu’un début: si l’on veut vraiment faire avancer les choses, il faut aussi une diversité culturelle, ethnique, sociodémographique et d’identités de genre pour créer une science à l’image de la communauté.»

Cette philosophie est au cœur même de SARABI, qui s’appuie sur l’expérience des patientes et sur des points de vue variés pour mieux comprendre une maladie complexe. Elle rappelle qu’une recherche efficace doit être ouverte et ancrée dans les réalités diverses vécues par les femmes – qu’elles vivent en centre urbain ou en région éloignée, qu’elles aient accès à des soins spécialisés ou non et qu’elles soient confrontées ou non à des obstacles socioéconomiques ou culturels.

Pour reprendre les mots de la Dre Malhamé, «cette étude‑là, elle a été faite avec beaucoup de cœur». Et elle porte l’espoir qu’une approche plus inclusive se traduise, à terme, par des grossesses plus sécuritaires et des soins mieux adaptés.

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