En quoi votre expérience vous a-t-elle permis de faire de la qualité des apprentissages une préoccupation centrale partagée par l'ensemble de la communauté de l’UdeM?
D’abord mon parcours diversifié et sa cohérence à la croisée de trois mondes: la recherche, l’enseignement et le conseil pédagogique; et ensuite la gestion d’équipes et de projets structurants à l’échelle institutionnelle. Ayant été moi-même chercheur, enseignant, conseiller pédagogique et gestionnaire, j’ai été à même de comprendre «de l’intérieur» les réalités, les spécificités et les contraintes de chacun de ces rôles.
Au CPU, j’ai piloté ou contribué à des projets majeurs comme la mise à niveau de StudiUM et d’EDUlib ou la mise en place de programmes hybrides. Ces expériences ont été déterminantes, car elles m’ont permis de constater que la qualité des apprentissages ne repose pas exclusivement sur des outils ou des recettes: elle dépend d’une vision partagée qui considère l’enseignement comme une activité à part entière, soutenue par des conditions organisationnelles, pédagogiques et humaines solides.
Aussi, afin de mettre la qualité des apprentissages au cœur des préoccupations de notre communauté, il faudra un engagement ferme à la soutenir de l’Université, des facultés, des départements et des équipes enseignantes. Le CPU jouera un rôle clé, car il a pour mandat d’outiller, d’accompagner, de créer des lieux de partage et de promouvoir les pratiques gagnantes afin que l’amélioration continue de l’enseignement devienne une culture, voire une seconde nature, plutôt qu’une sorte d’injonction ou une nécessité conjoncturelle.
Parmi les défis actuels en pédagogie universitaire, quelles seront vos priorités d'action?
Les défis sont nombreux, mais ils ont un point commun: ils nous obligent à repenser nos façons de faire sans toutefois renier ce qui nous distingue. Mes priorités actuelles s'articulent autour de trois axes.
D’abord l’intelligence artificielle en tant que composante structurante pour l’enseignement universitaire. L’IA appelle une réflexion institutionnelle sur l’évolution des pratiques pédagogiques, dont les modalités d’enseignement, les formes d’accompagnement et les pratiques évaluatives. La présence de l’IA va au-delà de l’encadrement des usages, car il s’agit de soutenir une transformation cohérente et responsable des pratiques afin d’en assurer la qualité, l’équité et la crédibilité. Dans ce contexte, le CPU aura pour priorité d’accompagner les facultés et les équipes enseignantes en proposant, en collaboration avec le Vice-rectorat aux affaires étudiantes et aux études et d’autres partenaires, des balises, des lieux de concertation et des dispositifs d’accompagnement favorisant une intégration réfléchie de l’IA au service de la mission de l’Université.
Ensuite, l’enseignement hybride et l’enseignement multimodal doivent désormais être envisagés non pas comme une réponse conjoncturelle, mais comme un levier structurant et transformateur des programmes. Lorsqu’ils sont conçus de manière intentionnelle, ils contribuent à renfoncer l’accessibilité, la flexibilité des parcours, la qualité pédagogique et l’attractivité des formations. L’expérience acquise au CPU, en partenariat avec des facultés de l’Université, révèle que la réussite de telles initiatives repose autant sur un accompagnement pédagogique rigoureux inscrit dans une approche programmatique et soutenue par des dispositifs institutionnels cohérents que sur l’engagement du personnel enseignant, des départements et des facultés.
Enfin, l’enjeu de la cohérence institutionnelle en matière de pédagogie universitaire constitue la troisième priorité. Il s’agira de mieux arrimer les initiatives liées à l’innovation pédagogique, à l’intégration du numérique, à une pédagogie de qualité dans les activités en présence et à la formation des enseignants et enseignantes afin d’éviter la dispersion des efforts et de maximiser la portée des actions menées. Je vois le CPU comme un catalyseur qui favorisera les synergies, le partage de l’expertise et l’alignement des actions avec les orientations stratégiques de l’Université.
Par ailleurs, la prise en compte de la diversité étudiante constitue elle aussi un enjeu transversal qui sous-tend l’ensemble des actions du CPU. La diversification croissante des publics et des besoins, accentuée notamment depuis la pandémie de COVID-19, demande la mise en place de pratiques pédagogiques inclusives, équitables et adaptées à des réalités d’apprentissage différenciées. La mission du CPU est d’accompagner les équipes enseignantes dans la transformation de leurs pratiques pour favoriser l’engagement, la persévérance et la réussite du plus grand nombre, tout en tenant compte de la pluralité des parcours, des contextes et des besoins des étudiantes et des étudiants.
Comment comptez-vous mesurer l’influence du CPU sur l’expérience étudiante et l’enseignement à l’UdeM, et comment envisagez-vous de mobiliser les unités afin que la valorisation de l’enseignement devienne une réalité sur le terrain?
Mesurer l’influence du CPU ne peut pas se limiter à des indicateurs tels que le nombre de formations offertes ou de programmes pour lesquels un accompagnement est offert, même si de tels indicateurs restent importants. Il est nécessaire de s’intéresser aux effets réels sur l’expérience étudiante et sur les pratiques enseignantes. Concrètement, cela passe par l’élaboration d’indicateurs qualitatifs et quantitatifs, dont l’évolution des pratiques d’évaluation, l’intégration de dispositifs hybrides, la perception des membres du personnel enseignant quant à leur sentiment de compétence pédagogique ou encore la contribution des projets dont les responsables étaient accompagnés à la réussite et à l’engagement de la communauté étudiante.
Pour ce qui est de la mobilisation des facultés et des départements, elle ne pourra se faire sans une relation de partenariat entre le CPU et les unités dans laquelle ces dernières ne seront plus seulement des bénéficiaires des services du CPU, mais où elles apporteront aussi leur connaissance des enjeux, leurs expertises et leurs visions. Cela suppose donc une collaboration de proximité, le partage, la reconnaissance et la mise en valeur des expertises et des initiatives pédagogiques locales.