EFFA 2026: la relève en aménagement expose

En 5 secondes Plus de 300 projets ont été présentés à l’exposition des finissants et finissantes de la Faculté de l’aménagement.

Au total, 347 projets des étudiantes et étudiants des écoles d’architecture, de design et d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal ont été présentés à l’Exposition des finissantes et finissants de la Faculté de l’aménagement (EFFA) de l’UdeM. L’évènement s’est déroulé du 7 au 13 mai.

Cette année, l’exposition avait comme thème la matrice«un espace de gestation, un territoire d’expérimentation et d’apprentissage. La matrice, c’est à la fois notre origine et notre devenir: un espace où l’idée prend forme, où la forme devient processus et où le processus, sans cesse, engendre de nouvelles formes».

Une attention toute particulière a été accordée à la scénographie de l’Exposition grâce à la mise sur pied de comités scénographiques et d’ateliers donnés par des professionnels de l’industrie. «Je suis très fière que l’édition 2026 porte une si forte signature étudiante, notamment dans la scénographie et dans l’identité visuelle de l’Exposition, qui est l’œuvre de deux étudiantes de la faculté», souligne Carmela Cucuzzella, doyenne de la Faculté de l’aménagement.

Coup d’œil sur quelques projets.

Pinea Lab

«Nous allons dans la nature pour notre bien-être, mais en portant des vêtements fabriqués avec des substances synthétiques et toxiques pour nous comme pour l’environnement», constate Florian Berthelin. C’est sur ce paradoxe que le finissant à la maîtrise en design, création et innovation s’est penché en explorant les multiples possibilités qu’offrent les aiguilles de conifère, une ressource abondante au Québec, mais sous-utilisée. «Leur composition est très intéressante: elles sont constituées à 40 % de cellulose, une matière déjà utilisée dans plusieurs matériaux comme le papier», poursuit-il.

Matière naturelle et isolante, l’aiguille de conifère peut être manipulée de différentes façons pour atteindre différents états, des fibres isolantes pour le rembourrage à un matériau souple qui, recouvert d’huile, prend l’aspect d’un cuir en passant par des pâtes moulables lorsque l’aiguille est combinée avec de la résine. 

Sur le fil de la lisière

Comment penser la ville pour qu’elle soit plus accueillante? Dans un atelier thématique sur la ville refuge, Sarah Naïm, étudiante de maîtrise en architecture, s’est concentrée sur le chemin de fer qui traverse le quartier multiculturel de Parc-Extension.

Agissant comme frontière qui enclave le quartier, mais aussi comme un véhicule qui relie divers lieux, la ligne de chemin de fer délimite le quartier tout en introduisant une rupture. «Je me suis demandé comment le territoire et l’architecture pouvaient réunir les discontinuités mémorielles et physiques que vivent les migrants», explique-t-elle. 

Son projet, à travers les lieux physiques et la programmation (ateliers de création et d’artisanat, ateliers artistiques, réparation de meubles…), met en vitrine les diverses communautés de Parc-Extension tout en leur donnant des occasions de s’enraciner dans le quartier.

Étude pour un pavillon éphémère à Verdun

Un pavillon temporaire, modulable et adaptable se déplaçant dans Verdun. C’est le projet qu’ont élaboré deux étudiants en troisième année du baccalauréat en architecture. Le pavillon, associé aux bibliothèques, devait pouvoir s’adapter à six lieux et à des programmations variables. «On a voulu concevoir un pavillon avec une personnalité forte, autonome dans le paysage urbain, mais qui se démarque tout en étant invitant pour les gens», dit Paul Foucault. «On a placé le mouvement au cœur de nos réflexions», ajoute sa coéquipière, Sarah-Maude Gravel.

Après avoir construit la maquette à l’échelle 1:1 d’un module, l’équipe s’est attaquée au pavillon, doté d’une toiture en toile, pour insuffler de la légèreté à l’ouvrage, et de mobilier coloré en plastique recyclé qui, en plus de servir d’ancrage au bâtiment, peut être utilisé pour du rangement ou pour s'asseoir. Certains poteaux peuvent également être déplacés pour former différentes pièces selon les activités imaginées, du cinéma urbain à la crèmerie en passant par la microbrasserie et la réparation de vélos. «On va même sur le fleuve pour la pêche sur glace!» conclut Sarah-Maude Gravel.

Histoire de pierres

«C’est rare d'être appelé à travailler sur un lieu patrimonial: on a commencé par analyser l’endroit, dans son histoire comme dans ses formes», remarque Alice Allard, étudiante du baccalauréat en architecture de paysage. Avec ses coéquipières Sarah Beladjine et Aurélie Frey, elle s’est penchée sur le réaménagement du paysage du plan sud-ouest du mont Royal. 

La pierre est devenue le fil conducteur de leur projet: «La pierre agit comme un point d’ancrage et raconte l’histoire tant géologique que des occupations humaines», poursuit Alice Allard. C’est un poème d’Aurélie Frey, intitulé Histoire de pierres, qui a inspiré le fil narratif de leurs gestes d’aménagement. 

Les étudiantes ont imaginé trois pôles qu’elles ont baptisés «protolithe» (comprenant des lieux de mémoire et de commémoration), «paralithe» (incluant des boisés à haute valeur écologique qui abritent des espèces à protéger) et «orolithe» (qui fait le lien entre la ville et la montagne). La pierre, comme une amorce, devient ainsi paysage.

Un site emblématique: la bataille de Châteauguay

Depuis la pandémie, le centre d’interprétation du Lieu historique national de la Bataille-de-la-Châteauguay, administré par Parcs Canada, est fermé au public. Emmanuelle Daoussis, Madeleine Laurin, Charlie Simard et Anabel Sirard, étudiantes du baccalauréat en urbanisme, ont voulu proposer divers scénarios de requalification. «Nous voulions redonner le lieu à la communauté tout en préservant son essence», précisent-elles. 

Un sondage a donc été mené auprès de la population pour mieux comprendre ses préférences et ses souhaits. «La tranquillité, la culture, les paysages étaient vraiment importants», dit Emmanuelle Daoussis. 

Une stratégie a ensuite été élaborée, qui s’articule autour de trois paliers: le parcours d’apprentissage, qui met en lumière les dimensions historiques et environnementales du lieu; un plan de végétalisation (revitalisation des berges, toit vert, stationnement perméable); et une approche par zones (activités libres, rencontre, accès à l’eau, contemplation). Finalement, un scénario dans lequel le bâtiment serait remplacé par une tour d’observation a été élaboré.

Mokii

Mokii est un projet de luminaire portable imaginé par Jessie Doucet-Fortin, finissante du baccalauréat en design industriel. Se concentrant sur l’éclairage dans les salles de classe au primaire, elle l’a abordé comme un outil visuel de gestion pédagogique. «En ce moment, c’est tout ou rien. Soit les néons sont allumés, soit ils sont éteints, alors qu’à la maison on adapte l’éclairage en fonction des activités», constate-t-elle.

Amplifiant les codes existants (notamment le signal bien connu d’exiger le silence en fermant les lumières), le système permet de créer des ambiances selon les besoins. Si le personnel enseignant peut régler l’intensité des luminaires avec un téléphone intelligent, les appareils sont programmés pour s’allumer automatiquement le matin et suivre le cycle circadien. «L’enseignant peut par ailleurs utiliser les lampes selon des codes de couleur propres à sa classe», mentionne la finissante. S’ajoutent finalement des fonctionnalités ludiques, comme la fonction «disco» qui compose une atmosphère festive et multicolore, le tout à l’aide d’une application éprouvée de contrôle d’ampoules intelligentes. 

Réhabiter son corps

Dans un bâtiment au cœur de Milton-Parc, le Centre d’hébergement est un lieu de répit pour femmes migrantes atteintes du VIH. «Mon fil directeur est de raviver les bains publics, comme ceux mis en place par la Ville de Montréal au début du 20e siècle afin de répondre à des conditions sanitaires critiques», raconte Laura Sorya Bou, finissante du baccalauréat en design d’intérieur.

Reconnus pour réduire le stress et favoriser la détente, les bains thermaux sont utilisés dans plusieurs cultures. Plaçant ceux-ci au cœur de l’expérience, le Centre propose des séjours transitoires de 3 à 12 mois à ces femmes qui vivent avec le double poids de l’immigration et de la maladie. Il offre un cadre sécurisant, propice à la réappropriation du corps et à une reconstruction durable.

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