Une dérive lumineuse qui éclaire l’avenir

En 5 secondes Pour la première fois, des chercheurs ont observé une dérive de Hall quantifiée avec la lumière, une percée dans le domaine de la photonique quantique.
Illustration de la dérive transverse quantifiée avec des photons

L’effet Hall est connu depuis la fin du 19siècle. Il décrit une dérive transverse du courant électrique dans un matériau très mince – qu’on peut imaginer comme une feuille de papier – sous l’effet d’un champ magnétique perpendiculaire. 

Ce comportement, dit «classique», est utilisé depuis des décennies comme outil de diagnostic pour caractériser le niveau de dopage dans des matériaux ou pour mesurer précisément des champs magnétiques.  

Dans les années 1980, des expériences effectuées à très basse température ont révélé que, sous des champs magnétiques très puissants, cette dérive transverse croît par paliers parfaitement définis. Ces paliers de conductivité électrique ne dépendent ni du matériau utilisé, ni de sa forme, ni même de ses défauts microscopiques; cette quantification est universelle, car elle ne dépend que de constantes fondamentales de l’Univers (la charge de l’électron et la constante de Planck). C’est l’effet Hall quantique, une découverte qui a mené aux prix Nobel de physique de 1985, 1998 et 2016. 

Jusqu’ici, cet effet Hall quantique concernait le transport d’électrons, des particules chargées sensibles aux champs électriques et magnétiques. Les photons, les particules de lumière, sont électriquement neutres. Ils n’obéissent donc pas aux mêmes règles et ne réagissent pas directement aux champs. Produire un équivalent de l’effet Hall quantique avec de la lumière représentait donc un défi majeur. 

C’est précisément ce qu’une équipe de recherche est parvenue à accomplir: observer une dérive transverse quantifiée pour la lumière. Autrement dit, «la lumière dérive de manière quantifiée en suivant des paliers universels comparables à ceux observés pour les électrons», explique Philippe St-Jean, professeur au Département de physique de l’Université de Montréal et chercheur ayant participé à l’étude. 

Un potentiel lumineux 

Les retombées potentielles de cette découverte sont nombreuses, estime Philippe St-Jean. Par exemple, en métrologie (la science de la mesure), des systèmes optiques pourraient servir d’étalons universels complémentaires aux systèmes électroniques ou d’étalons de remplacement.  

«Aujourd’hui, le kilogramme est défini à partir de constantes fondamentales, via un dispositif électromécanique où un courant électrique est comparé avec une masse. Or, pour que ce courant soit parfaitement calibré, il faut un étalon de résistance électrique universel. C’est précisément le rôle joué par les plateaux de Hall quantique. Grâce à eux, tous les pays du monde partagent la même définition de la masse, sans recourir à des artéfacts matériels», expose le chercheur. 

À l’inverse, une toute petite déviation par rapport à cette quantification parfaite devient un signal révélateur de perturbation environnementale bien particulière, permettant de concevoir des capteurs d’une extrême précision. 

De façon plus générale, ajoute le professeur, le contrôle quantifié de l’écoulement de la lumière ouvre aussi des perspectives quant au traitement de l’information quantique et permettrait d’envisager la conception d’ordinateurs photoniques quantiques plus robustes. 

 

Une plateforme complexe 

«Obtenir cette quantification avec des photons est particulièrement difficile, car les systèmes photoniques sont intrinsèquement hors équilibre», indique Philippe St-Jean. Contrairement aux électrons, la lumière doit être finement contrôlée, manipulée et stabilisée, précise-t-il.  

L’expérience proposée par le physicien et ses collègues repose donc sur une ingénierie expérimentale élaborée. Elle ouvre la voie à une nouvelle manière de concevoir de nouvelles générations de dispositifs photoniques pour la transmission ou le traitement de l’information. 

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