Dans l’imaginaire collectif, la justice pénale se joue surtout derrière les murs des prisons. Pourtant, au Québec, une grande partie des peines se vivent dans la collectivité. C’est particulièrement vrai pour les femmes judiciarisées, qui sont le plus souvent soumises à une ordonnance de probation ou qui reçoivent une peine d’emprisonnement avec sursis. Malgré cette réalité, la surveillance communautaire demeure peu étudiée, surtout lorsqu’il est question des femmes.
«Les femmes représentent une petite partie de la clientèle correctionnelle, signale Chloé Leclerc, professeure à l’École de criminologie de l’Université de Montréal. Et la probation est la peine la plus fréquente, mais on l'étudie assez peu.» La chercheuse parle d’un «double angle mort»: celui des femmes dans le système correctionnel et celui de la probation elle-même.
Pour mieux comprendre les pratiques d’intervention auprès des femmes judiciarisées, son équipe a mené des travaux articulés autour de deux volets. Le premier consistait en une série de groupes de discussion réunissant 25 professionnels des services correctionnels afin de confronter les principes théoriques de l’approche sensible au genre à la réalité du terrain.
Le second visait à connaître plus largement les effets du suivi correctionnel sur la précarité des femmes. Les membres de l’équipe de recherche ont notamment observé plus de 80 rencontres de probation afin de saisir la dynamique réelle entre les intervenants et les femmes suivies.
Au total, 54 membres du personnel correctionnel (agents de probation, intervenants communautaires et gestionnaires) ainsi que 30 femmes judiciarisées ont été rencontrés dans 15 agences de surveillance réparties dans différentes régions du Québec.