Marie-Ève* ne sait plus quoi penser. Après des années à chercher des réponses à ses crises émotionnelles intenses, elle a tapé le mot-clic #borderline dans la barre de recherche de TikTok. En visionnant quelques vidéos, elle s’est reconnue dans les dizaines de témoignages qui les accompagnaient. Mais est-elle vraiment atteinte d’un trouble de la personnalité limite (TPL)? Ou s'agit-il d'un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), d'un trouble bipolaire ou encore d'un trouble du spectre de l'autisme?
Familier à de nombreux internautes, ce type de trajectoire est au cœur d'une étude publiée récemment dans le Canadian Journal of Psychiatry par les Drs Camille Thériault et Alexandre Hudon et leurs collègues de l'Université de Montréal et de l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal.
Ensemble, ils ont analysé des milliers de commentaires publiés sous des vidéos TikTok consacrées au trouble de la personnalité limite pour brosser un tableau de la façon dont ce trouble est vécu, compris – et parfois mal compris – dans l'espace numérique.
Un trouble complexe, souvent méconnu
Le TPL se caractérise par une instabilité marquée des émotions, de l'image de soi et des relations interpersonnelles; les individus qui en sont atteints vivent des émotions d'une intensité extrême, difficiles à maîtriser, qui peuvent mener à des comportements impulsifs, des pensées suicidaires ou un sentiment chronique de vide intérieur.
On estime que le trouble touche de 0,5 à 2,7 % de la population générale, mais jusqu'à 10 % des personnes suivies en psychiatrie ambulatoire.
«C'est un trouble développemental qui s'installe au fil des années, explique le psychiatre Alexandre Hudon. C'est une façon mésadaptée de répondre à la vie et aux interactions. Il y a une composante biopsychosociale: le trouble peut être héréditaire, mais aussi lié à l'environnement, qu'on pense à des traumatismes d'enfance, une famille instable, une insécurité avec les figures d'attachement.»
La psychothérapie, notamment la thérapie comportementale dialectique, permet une amélioration de l’état de santé chez 9 patients sur 10, sur un horizon de 10 ans. Toutefois, le TPL reste fortement stigmatisé dans la population comme dans les milieux médicaux, ce qui retarde l'accès aux soins.