L'étude s'appuie sur les données de 1668 enfants, 849 garçons et 819 filles, issus de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec, une cohorte populationnelle représentative née en 1997-1998, coordonnée par l'Institut de la statistique du Québec.
Les parents ont fourni des informations sur la fréquence des loisirs actifs partagés avec leurs enfants à l’âge de 2,5 ans, le temps quotidien passé devant les écrans (télévision, cassettes vidéos, ordinateur et jeux vidéos) ainsi que la durée moyenne de sommeil, siestes comprises. Ces mêmes enfants ont ensuite été interrogés à l'âge de 12 ans sur leurs habitudes de jeux extérieurs et leur niveau d'activité physique durant leurs loisirs.
Afin d'écarter d'autres explications possibles, les chercheurs ont contrôlé un large éventail de facteurs susceptibles d'influencer les résultats: tempérament des enfants, indice de masse corporelle, capacités neurocognitives, symptômes dépressifs maternels, niveau de scolarité, structure et revenu familiaux, notamment. Les analyses ont été conduites séparément pour les filles et les garçons afin de tenir compte de leurs trajectoires développementales distinctes.
Ce qui distingue cette étude des travaux antérieurs
Si la question du lien entre les habitudes durant la petite enfance et le mode de vie à l'adolescence n'est pas nouvelle, les preuves scientifiques solides faisaient jusqu'ici défaut. La plupart des études antérieures se limitaient à photographier un moment dans le temps, sans suivre les enfants sur la durée. Ce qui distingue cette recherche, c'est la robustesse inédite de sa démonstration: une cohorte populationnelle représentative, un suivi de plus de 10 ans, des facteurs individuels et familiaux rigoureusement contrôlés et une analyse distincte selon le sexe de l'enfant. Autant d'éléments qui permettent, pour la première fois, d'établir avec confiance que les «habitudes de mouvement» adoptées dès 2,5 ans ont des répercussions mesurables une décennie plus tard.
Des habitudes qui persistent 10 ans plus tard
Les résultats sont éloquents. Les enfants qui participaient quotidiennement à des jeux, activités ou sports avec un parent ou qui passaient moins d'une heure par jour devant les écrans étaient significativement plus actifs à l'adolescence.
Concrètement, chaque bonne habitude de mouvement supplémentaire à 2,5 ans était associée à environ cinq minutes de jeux extérieurs de plus par jour à 12 ans chez les garçons comme chez les filles. Chez les filles, jouer activement, limiter le temps d’écran et bien dormir à 2,5 ans était également lié à des niveaux plus élevés d'activité physique durant les loisirs, à intensité et fréquence plus grandes.
Ces associations demeurent significatives même après avoir pris en compte l'ensemble des facteurs individuels et familiaux préexistants – ce qui renforce considérablement la portée des résultats.
«La complicité des parents avec les tout-petits - jouer, bouger, être actif ensemble - apparaît comme le levier le plus puissant pour l'établissement d'habitudes saines à long terme, insiste Kianoush Harandian. Ces expériences partagées aident l'enfant à associer le mouvement au plaisir, à la motivation et à la routine.»
L'adolescence des filles: une fenêtre de vulnérabilité particulière
Les résultats mettent en lumière une réalité préoccupante: à l'adolescence, les filles sont particulièrement exposées au risque de sédentarité. Les données de la cohorte montrent que, à 12 ans, seulement 14,9 % des filles étaient considérées comme actives dans leurs loisirs, contre 24,5 % des garçons. En limitant dès le plus jeune âge le temps consacré aux écrans et en prenant part activement aux jeux de leur fille, les parents semblent réduire les barrières à un mode de vie actif et semer les graines de l'engagement physique futur.