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En 5 secondes Une vaste étude québécoise sur 10 ans montre que bouger avec son enfant, limiter son temps d'écran et favoriser un sommeil adéquat dès l'âge de deux ans laisse des traces durables sur son mode de vie.
Les enfants qui participaient quotidiennement à des jeux, activités ou sports avec un parent étaient significativement plus actifs à l'adolescence.

À l'heure où l'Organisation mondiale de la santé (OMS) tire la sonnette d'alarme quant à la sédentarité chez les jeunes - près de 80 % des adolescents dans le monde ne bougent pas suffisamment - ,une nouvelle étude longitudinale québécoise apporte un éclairage sur les origines de ces habitudes sédentaires. Menée par Kianoush Harandian et la professeure Linda Pagani de l’Université de Montréal, avec la collaboration du DMark Tremblay, de l’Université d'Ottawa, expert reconnu internationalement en activité physique chez les jeunes, la recherche démontre que les comportements liés au mouvement chez les tout-petits à la maison,  jeu actif avec les parents, faible exposition aux écrans et sommeil adéquat, préfigurent un mode de vie nettement plus actif une décennie plus tard. 

«En analysant les données, nous avons constaté que moins de 1 enfant sur 10 respectait naturellement les trois recommandations quotidiennes en matière de mouvement: le jeu actif, un temps d'écran limité et un sommeil suffisant», souligne Kianoush Harandian. Et pourtant, ces habitudes précoces comptent énormément. Elles posent les fondations de la façon dont les enfants choisiront d'occuper leur temps à l'adolescence.

Près de 1700 enfants suivis pendant plus de 10 ans

L'étude s'appuie sur les données de 1668 enfants, 849 garçons et 819 filles,  issus de l'Étude longitudinale du développement des enfants du Québec, une cohorte populationnelle représentative née en 1997-1998, coordonnée par l'Institut de la statistique du Québec.  

Les parents ont fourni des informations sur la fréquence des loisirs actifs partagés avec leurs enfants à l’âge de 2,5 ans, le temps quotidien passé devant les écrans (télévision, cassettes vidéos, ordinateur et jeux vidéos) ainsi que la durée moyenne de sommeil, siestes comprises. Ces mêmes enfants ont ensuite été interrogés à l'âge de 12 ans sur leurs habitudes de jeux extérieurs et leur niveau d'activité physique durant leurs loisirs. 

Afin d'écarter d'autres explications possibles, les chercheurs ont contrôlé un large éventail de facteurs susceptibles d'influencer les résultats: tempérament des enfants, indice de masse corporelle, capacités neurocognitives, symptômes dépressifs maternels, niveau de scolarité, structure et revenu familiaux, notamment. Les analyses ont été conduites séparément pour les filles et les garçons afin de tenir compte de leurs trajectoires développementales distinctes.

Ce qui distingue cette étude des travaux antérieurs

Si la question du lien entre les habitudes durant la petite enfance et le mode de vie à l'adolescence n'est pas nouvelle, les preuves scientifiques solides faisaient jusqu'ici défaut. La plupart des études antérieures se limitaient à photographier un moment dans le temps, sans suivre les enfants sur la durée. Ce qui distingue cette recherche, c'est la robustesse inédite de sa démonstration: une cohorte populationnelle représentative, un suivi de plus de 10 ans, des facteurs individuels et familiaux rigoureusement contrôlés et une analyse distincte selon le sexe de l'enfant. Autant d'éléments qui permettent, pour la première fois, d'établir avec confiance que les «habitudes de mouvement» adoptées dès 2,5 ans ont des répercussions mesurables une décennie plus tard.

Des habitudes qui persistent 10 ans plus tard

Les résultats sont éloquents. Les enfants qui participaient quotidiennement à des jeux, activités ou sports avec un parent ou qui passaient moins d'une heure par jour devant les écrans étaient significativement plus actifs à l'adolescence. 

Concrètement, chaque bonne habitude de mouvement supplémentaire à 2,5 ans était associée à environ cinq minutes de jeux extérieurs de plus par jour à 12 ans chez les garçons comme chez les filles. Chez les filles, jouer activement, limiter le temps d’écran et bien dormir à 2,5 ans était également lié à des niveaux plus élevés d'activité physique durant les loisirs, à intensité et fréquence plus grandes. 

Ces associations demeurent significatives même après avoir pris en compte l'ensemble des facteurs individuels et familiaux préexistants – ce qui renforce considérablement la portée des résultats. 

«La complicité des parents avec les tout-petits - jouer, bouger, être actif ensemble - apparaît comme le levier le plus puissant pour l'établissement d'habitudes saines à long terme, insiste Kianoush Harandian. Ces expériences partagées aident l'enfant à associer le mouvement au plaisir, à la motivation et à la routine.»

L'adolescence des filles: une fenêtre de vulnérabilité particulière

Les résultats mettent en lumière une réalité préoccupante: à l'adolescence, les filles sont particulièrement exposées au risque de sédentarité. Les données de la cohorte montrent que, à 12 ans, seulement 14,9 % des filles étaient considérées comme actives dans leurs loisirs, contre 24,5 % des garçons. En limitant dès le plus jeune âge le temps consacré aux écrans et en prenant part activement aux jeux de leur fille, les parents semblent réduire les barrières à un mode de vie actif et semer les graines de l'engagement physique futur.

Des recommandations claires pour les familles et les décideurs

«Les habitudes familiales engendrent les habitudes individuelles tout au long du développement de l'enfant, résume la professeure Pagani. En favorisant le jeu actif, en encadrant l'usage des écrans et en veillant à un sommeil de qualité dès la petite enfance, les parents exercent une influence durable et mesurable sur le bien-être à long terme de leurs enfants.» 

L'étude appelle à une diffusion plus large des recommandations de l'OMS pour les enfants de moins de cinq ans, soit au moins 180 minutes d'activité physique par jour, pas plus d'une heure d'écran sédentaire et de 11 à 14 heures de sommeil, et plaide pour que les hôpitaux, les écoles et les organismes de santé publique ciblent les habitudes de vie des familles dès le plus jeune âge.

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