Le politique dans nos assiettes

En 5 secondes L’acte de manger est loin d’être individuel. Entre politiques publiques, souveraineté alimentaire et inégalités, quatre experts discuteront de ces thèmes le 17 avril à la Grande Bibliothèque.
Un homme choisit un paquet à l’épicerie.

Contrairement à ce que certains influenceurs veulent laisser croire, bien manger n’est pas qu’une question de choix individuel. Pour Boris Tavernier, ancien militant devenu député à l’Assemblée nationale française, l’alimentation relève même d’une responsabilité collective: il milite pour une «sécurité sociale de l’alimentation».

Cet invité de marque ouvrira la conférence «Une société est ce qu’elle mange: engagement, droits et politique», qui aura lieu à la Grande Bibliothèque le vendredi 17 avril à 10 h. L’activité réunira les professeurs de l’Université de Montréal Rosanne Blanchet et Malek Batal, respectivement du Département de médecine sociale et préventive et du Département de nutrition, de même que Bochra Manaï, anciennement directrice du Bureau des commissaires de la Ville de Montréal. Enrico Agostini Marchese, du Centre de recherche interdisciplinaire sur la justice intersectionnelle, la décolonisation et l’équité (CRI-JaDE), assurera l’animation. La conférence est organisée par le Vice-rectorat au communautaire, à l’international et aux Premiers Peuples en collaboration avec le CRI-JaDE et la Chaire de recherche du Canada sur les inégalités en nutrition et santé, de l’UdeM.

L’illusion du choix

Rosanne Blanchet s’intéresse aux déterminants structuraux et sociaux de l’alimentation dans le but d’influencer les politiques publiques et la mise en place de solutions pour une meilleure sécurité alimentaire: «J’essaie de comprendre pourquoi les gens mangent ce qu’ils mangent et quelles sont les conditions qui sont moins favorables à une bonne alimentation», dit-elle. 

Ses travaux l’ont amenée à conclure que les groupes qui vivaient le plus d’insécurité alimentaire étaient aussi ceux qui étaient victimes d’autres injustices. Bref, que notre alimentation n’était pas en vase clos du reste de nos vies. «Nous n’avons pas tant de pouvoir sur ce que nous mangeons et nous en avons encore moins quand nos moyens financiers sont limités», croit Rosanne Blanchet. Entre les produits transformés fabriqués par la même poignée de multinationales et les produits frais uniformisés, «nous pensons avoir le choix, mais ce n’est qu’une impression», poursuit-elle.

La professeure profitera de l’évènement pour présenter les résultats préliminaires d’une vaste étude qu’elle a menée avec deux doctorantes, Théa Demmers et Alexandra Otis, auprès de travailleurs migrants temporaires autant en agriculture que dans la transformation alimentaire au Québec. «Nous nous sommes intéressées aux déterminants structuraux qui ont un effet sur leur alimentation et leur santé: règles d’immigration, conditions de vie, de travail, etc.», indique-t-elle. C’est la première étude canadienne qui se penche sur l’insécurité alimentaire chez ce groupe de travailleurs essentiels, ces personnes qui nourrissent le Québec, mais qui vivent paradoxalement une grande insécurité alimentaire. 

Le rôle du politique

La conférence s’ouvrira sur une présentation de Boris Tavernier, au Québec à l’occasion du premier Sommet national sur le droit à l’alimentation. «Nous aimerions comprendre ce qui l’a poussé à faire ce saut en politique», soulève Rosanne Blanchet. Il a cofondé en 2013 VRAC (Vers un réseau d’achat en commun), un réseau qui organise des groupes d’achat pour permettre aux habitants des quartiers populaires d’accéder à une alimentation choisie et non contrainte. Depuis son arrivée en politique, il a déposé plusieurs propositions de loi en lien avec le droit à l’alimentation.

Comment le politique (à tous les échelons) peut-il contribuer à améliorer notre alimentation et notre santé? C’est la question que les participants de la conférence exploreront. «Les statistiques montrent que l’insécurité alimentaire augmente au Québec, alors que la santé mentale diminue de façon globale et que l’obésité continue à croître. Nous avons les connaissances pour renverser ces tendances, pourtant ça ne se transpose pas en actions», résume-t-elle.

«Manger s’est beaucoup complexifié dans les dernières décennies. Mais un des messages clés, c’est de retourner à une alimentation plus simple, un peu plus locale, près des saisons. C’est essentiel pour améliorer notre santé et celle de la planète», conclut Rosanne Blanchet. 

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