Les chapitres sur les comportements alimentaires abordent des réalités moins visibles, dont le veuvage, qui perturbe les habitudes.
«La vie à deux impose un partage des rôles, une régularité et une négociation des goûts et préférences que la vie en solo n’exige pas», fait observer Marie Marquis en soulignant que les hommes veufs sont souvent particulièrement touchés par la perte de leur conjointe.
La dénutrition est un autre problème abordé dans le livre. «Une perte de poids peut déclencher une spirale, dont la fonte musculaire, un risque accru de chutes et d'infections et une perte d'autonomie, ajoute-t-elle. À cet égard, les techniciens en diététique et les nutritionnistes pourraient, par leur expertise, contribuer à évaluer le risque nutritionnel, détecter et prévenir la dénutrition.»
De même, l'insécurité financière est un autre facteur souvent ignoré. Selon le Bilan-Faim des Banques alimentaires du Québec, 8,6 % des personnes recevant des prestations de vieillesse fréquentent des organismes d'aide alimentaire. Certains résidents réduisent leurs dépenses de nourriture pour payer leur loyer.
Des changements qui s'imposent
Les deux auteurs ne réclament pas une règlementation plus stricte, mais une meilleure formation: des gestionnaires, chefs, cuisiniers et personnel de salle à manger, qui peuvent jouer un rôle de sentinelle; des professionnels de la santé, pour susciter un intérêt à travailler avec une clientèle vieillissante; et des gestionnaires de RPA, pour mieux comprendre les effets du vieillissement sur les besoins alimentaires.
Marie Marquis soulève aussi la nécessité de mener une recherche populationnelle sur les aînés vivant en RPA.
«Il n'existe aucune étude centralisée sur les dizaines de milliers de personnes qui vivent en RPA au Québec, sur leurs attentes, leurs besoins et leurs connaissances en matière d’alimentation. Avec un profil plus précis, on pourrait concevoir des outils de vulgarisation pour les accompagner», indique-t-elle. Elle évoque également l'idée qu'un futur résident puisse tester la vie en RPA avant de s'y installer, le temps de voir si le milieu de vie lui convient.
«On met trop souvent les résidents et les gestionnaires de RPA dans un contexte d’insatisfaction devant l’offre alimentaire alors que ce n'est pas ce qui se passe en général. Les échanges sont possibles pour améliorer et diversifier l'offre, concluent les auteurs. L'alimentation en RPA n'est pas qu'une question de menus: c'est aussi une question de plaisir, de lien social et de santé.»