Il était presque 18 h un vendredi soir d'août 2012. Julie Brown et sa fille Sophie, 14 ans, mangeaient dans un McDonald's de Saint-Basile-le-Grand quand une voiture a fini sa route dans la fenêtre du restaurant. «Sophie était dos à la fenêtre. Elle n'a pas vu la voiture arriver. Moi, oui», se rappelle la mère de famille.
Infirmière chevronnée, Julie Brown a géré la scène avec sang-froid. Puis, quelques mois plus tard, elle s'est effondrée sans comprendre pourquoi: fatigue, perte de poids, dissociation, tachycardie. Son expertise médicale lui a paradoxalement masqué le diagnostic – elle rationalisait chaque symptôme. C'est seulement au service des urgences, en janvier 2013, qu'une médecin a fait le lien avec l'accident.
Ce récit, Julie Brown le raconte dans Aurores cérébrales, qui vient de paraître. Formatrice en simulation médicale à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, elle y témoigne du stress post-traumatique, des électrochocs qui lui ont sauvé la vie et de la reconstruction.
Le corps enregistre tout
Après l'accident, Julie Brown a déposé sa fille chez une amie de l’adolescente. Elle n'en a aucun souvenir. Elle s'est rendue chez sa mère qui, voyant son état, l'a conduite à l'urgence: tachycardie à 140 battements par minute, mains qui tremblent au point qu'elle ne parvient pas à composer un numéro de téléphone. Le lendemain, elle était au travail. «J'ai évité de passer devant le restaurant. Je me disais que ça allait passer», mentionne-t-elle.
Mais ça n'est pas passé.
Dans les mois qui suivent, les signaux s'accumulent sans qu'elle parvienne à les relier entre eux. La fatigue, d'abord. Puis l'appétit qui disparaît. «J'avais toujours une raison de ne pas manger. Il était trop tôt, trop tard, j'avais trop de travail», dit-elle. À une journée de formation, une collègue lui chuchote à l'oreille: «Julie, tu nages dans ta robe.» Elle hausse les épaules.
L'effondrement arrive brusquement un matin de novembre. Une analyse urinaire révèle des taux d'adrénaline, de noradrénaline et d'épinéphrine que l’infirmière, alors employée au siège social d’un laboratoire médical, reconnaît immédiatement comme anormaux. Quand le directeur médical confirme les résultats, le silence au bout du fil est éloquent. Une scintigraphie écarte finalement l'hypothèse d'un cancer des glandes surrénales. «Tout est normal», lui annonce-t-on en janvier. Elle est soulagée. Et effondrée. «Si tout va bien, pourquoi je vais aussi mal?» se demande-t-elle.