Hypnose et sport: le cas de Jakub Dobeš sous la loupe

En 5 secondes Le professeur et chercheur David Ogez décortique le fonctionnement et le potentiel de l’hypnose dans un contexte de préparation mentale sportive.
Les techniques utilisées dans le sport sont très proches de celles utilisées en milieu hospitalier pour préparer des patients à des soins difficiles.

Ils incarnent force mentale et concentration sans faille. Ils endossent la double responsabilité d’être les héros ou les coupables selon leurs performances. Ils sont reconnus pour leur personnalité singulière, voire excentrique. 

Les gardiens de but du hockey professionnel semblent former une classe de sportifs à part. Et Jakub Dobeš, le gardien des Canadiens de Montréal qui brille depuis le début des séries éliminatoires, ne fait pas exception à la règle.  

Derrière ses prouesses physiques se cache une gymnastique mentale tout aussi robuste. Cette préparation psychologique est encadrée par Pete Fry, qui dit «faire de l’hypnose» pour se «rendre dans le subconscient», selon un article paru récemment dans La Presse sous la plume de Guillaume Lefrançois.

David Ogez, expert en hypnose dans des contextes de douleurs, de soins palliatifs et d’anxiété, professeur au Département d’anesthésiologie et de médecine de la douleur de l’Université de Montréal et clinicien-chercheur au Centre de recherche de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, nous explique comment c’est possible. 

Questions Réponses

Les techniques utilisées dans le sport ressemblent-elles à celles employées en hypnose médicale? 

Il s’agit de techniques très proches de celles utilisées en milieu hospitalier pour préparer des patients à des soins difficiles: réduire l’anxiété, améliorer la concentration et transformer les pensées automatiques.  

Dans le sport, on recourt à la visualisation pour faire «voir» une réussite plutôt qu’une difficulté. Ainsi, un gardien de but comme Jakub Dobeš peut se représenter en train d’arrêter un tir ou un attaquant en train de marquer. L’idée est de créer une imagerie mentale de réussite en mobilisant les différents sens, comme si l’expérience était réelle. 

Qu’est-ce qui distingue l’hypnose d’une simple visualisation? 

On parle d’hypnose lorsqu’on ajoute un phénomène de programmation lié aux suggestions posthypnotiques. Pendant la séance d’accompagnement, l’athlète vit une expérience mentale de réussite: il va visualiser qu’il arrête un tir, qu’il est performant.  

Ensuite, grâce à des mantras, des pensées ou des gestes précis, il peut retrouver cet état lorsqu’il en a besoin. L’objectif est que se reproduise automatiquement en situation réelle, par exemple sur la glace, ce qui a été vécu durant la séance. 

On ferait la même chose pour un patient phobique ou un patient qu’on va préparer pour des soins médicaux. C’est de l’hypnose associée à un travail de visualisation. 

Que se passe-t-il dans le cerveau lorsqu’on visualise une performance? 

Selon certaines recherches, notamment en contexte d’anesthésie, le cerveau peut réagir comme si l’expérience mentale était réelle. Des travaux ont montré que des patients plongés dans une visualisation hypnotique pouvaient ne pas ressentir ce qui se passait en salle d’opération. Cela indique que l’imagerie mentale peut activer des réponses cérébrales proches du réel, ce qui explique son utilisation dans le sport ou dans la thérapie. 

Ces techniques servent-elles aussi à combattre les pensées négatives? 

Oui, ici on parle d’inversion. C’est un travail de restructuration des pensées – comme on pourrait le faire en thérapie avec des patients anxieux – où l’on remplace des réflexes mentaux par des pensées plus aidantes et plus positives. 

Par exemple, pour un gardien de but, on transforme une pénalité [et donc un désavantage numérique] en un défi pour lui. Ça se compare aux thérapies cognitivo-comportementales élaborées notamment par le psychiatre Aaron Beck. 

Il y a aussi plusieurs techniques de préparation mentale utilisées dans le sport qui sont inspirées de la programmation neurolinguistique, où l’on cherche à «provoquer» certains états mentaux. Un athlète peut ainsi être amené à se reconnecter mentalement à son meilleur match pour retrouver les émotions positives associées à cette performance. 

Le gardien Jakub Dobeš semble avoir plusieurs rituels lors des matchs. Comment les routines et les mantras peuvent-ils aider à la performance? 

Les routines agissent comme des «ancrages». Un geste répétitif, une phrase ou un rituel deviennent progressivement associés à un état mental particulier. Le fait de se répéter «Je suis un mur» peut devenir une manière de retrouver rapidement un sentiment de confiance et de contrôle. 

On peut même comparer ces mécanismes à certains processus observés dans les troubles obsessionnels compulsifs. Dans les deux cas, les rituels servent à diminuer l’anxiété. La différence est que, en préparation mentale, ces techniques sont utilisées volontairement et dans un cadre précis. Ça renforce l’automaticité, soit des pensées ou des réactions qui émergent sans effort conscient. 

Pourquoi ces techniques sont-elles particulièrement importantes chez les gardiens de but? 

Ces athlètes évoluent dans un contexte très exigeant mentalement, ils sont isolés, constamment sous pression et disposent de très peu de marge d’erreur. Comme la moindre distraction se solde par un but, la concentration devient essentielle. Plusieurs grands athlètes ont développé des routines très précises pour maintenir leur attention. 

Certaines techniques consistent par exemple à considérer chaque action comme «la première du match» afin d’effacer mentalement l’erreur précédente et de rester concentré sur le moment présent. 

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