Les applications et programmes d’entraînement cognitif promettent d’améliorer la mémoire, d’aiguiser l’attention et de prévenir le déclin des facultés mentales. Or, une question reste entière: les bienfaits concernent-ils le seul exercice répété ou se transfèrent-ils à d’autres capacités, comme celles qu’on mobilise pour conduire, gérer son agenda ou suivre une conversation?
C’est à cette question qu’a voulu répondre Caroll-Ann Blanchette, doctorante en sciences biomédicales et chercheuse au Centre ÉPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal, en mesurant ce qu’on appelle l’effet de transfert.
Sous la direction du professeur Louis Bherer, du Département de médecine de l’Université de Montréal, elle a conduit une étude comparant deux programmes d’entraînement cognitif suivis sur quatre semaines par 84 participants jeunes et moins jeunes. Ses résultats, publiés dans le Journal of Cognitive Enhancement, montrent que ce transfert existe, mais qu’il prend des formes très différentes selon l’âge.
Deux exercices sous la loupe
L’étude a suivi 35 jeunes adultes de 18 à 30 ans et 49 adultes de 60 ans et plus. Chaque personne s’est vu assigner l’un des deux entraînements, à raison de six séances de 45 à 60 minutes échelonnées sur quatre semaines.
Le premier exercice – la double tâche – consistait à désigner deux séries d'images en même temps, une par main. Sur une tablette, la main gauche repérait des images d'animaux (serpent, chien, oiseau) pendant que la main droite pointait des astres (planète, étoile, Soleil). «C'est un peu comme conduire en cherchant une adresse: le cerveau doit coordonner deux flux d'information en parallèle», illustre Caroll-Ann Blanchette.
Le second exercice, dit n-back, sollicitait la mémoire de travail: des chiffres défilaient à l'écran et les participants devaient indiquer si le chiffre affiché correspondait à celui apparu une, deux ou trois positions plus tôt dans la séquence. Devant la suite «3, 7, 3, 5, 3» par exemple, un participant au niveau 2-back devait reconnaître que le «3» final correspond au chiffre apparu deux positions avant. Plus le niveau est élevé, plus la charge cognitive est exigeante.
Avant et après l’entraînement, tous les participants ont été évalués sur les deux types de tâches – avec des stimulus différents de ceux utilisés pendant les séances – pour mesurer la présence d’un vrai transfert plutôt qu’une simple mémorisation.