Un soutien étonnamment faible dans la population
Parmi les 1000 personnes interrogées dans cette étude, seules 38,5 % étaient disposées à payer pour que des services de psychologie soient pris en charge par l’État, alors que 53 % l’étaient pour que soient intégrés des soins dentaires et 57 % pour que soient couverts les soins à domicile en cas d’une perte d’autonomie. L’optométrie (34 %) et la kinésithérapie (26 %) suivaient dans les préférences.
«Lorsqu’on demande aux gens de prioriser différents investissements publics en santé, la santé mentale n’arrive pas en tête. D’autres enjeux, comme l’accès à un médecin de famille, à des soins à domicile ou aux soins buccodentaires, dominent largement. Donc, même si la santé mentale est qualifiée d’importante, elle est rarement perçue comme urgente chez une majorité des personnes», indique Gabriel Gosselin.
Une opinion publique divisée
L’étude révèle également que ce faible soutien global cache des disparités entre les divers groupes sociaux. Certaines personnes sont nettement plus favorables à un élargissement des services publics aux soins de santé mentale: les individus se déclarant à la gauche du spectre politique, les jeunes, les personnes ayant une santé mentale fragile, celles dont les besoins en soins de santé ne sont pas comblés et les individus sans assurance privée. Réunis, ces groupes pourraient former une base de soutien politique pour des réformes, disent les chercheurs.
À l’inverse, d’autres groupes y sont opposés plus fermement, notamment les personnes plus âgées ou celles ayant déjà accès à une couverture privée.
Un autre facteur clé entre en jeu: le financement. L’appui diminue de façon plus marquée encore lorsqu’il est question de payer plus d’impôts pour améliorer les services de santé mentale.
Des motivations mixtes
Cette fracture montre que les perceptions ne sont pas uniformes, mais qu’elles dépendent à la fois de l’expérience personnelle, de la perception qu’on a des questions de santé mentale et de facteurs socioéconomiques, note Gabriel Gosselin. Et les motivations qui expliquent le soutien ne s’additionnent pas toujours.
Chez certaines personnes, l’appui repose sur des convictions idéologiques – comme une préférence pour un rôle accru de l’État. Chez d’autres, il découle d’un besoin personnel, comme un accès insuffisant aux soins. Mais ces deux logiques ne se superposent pas nécessairement.
«Par exemple, des individus ayant des besoins non comblés ne soutiennent pas toujours davantage les politiques publiques si, selon leur position idéologique, ils y sont défavorables. Cela illustre à quel point les opinions en matière de santé sont complexes et parfois contrintuitives», précise le doctorant.
Pour lui, la stigmatisation des questions de santé mentale peut aussi expliquer le faible taux d’adhésion. «Elle influence la manière dont les gens perçoivent ces troubles et leur volonté de soutenir des investissements publics, ce qui limite sa transformation en priorité politique claire», croit-il.
Un système à deux vitesses
Le Québec se distingue par un taux relativement élevé d’assurances privées couvrant les soins psychologiques, une réalité qui contribue à structurer les préférences de la population, estime Gabriel Gosselin.
«Pour les personnes déjà couvertes, le système actuel – un mélange de public et de privé – peut sembler suffisant. Elles ressentent donc moins le besoin de soutenir une extension du secteur public, surtout si cela implique des coûts supplémentaires pour le contribuable», mentionne-t-il.
Autrement dit, la présence d’un marché privé des soins psychologiques bien établi réduit la pression et les incitatifs envers les gouvernements pour mettre en place une offre publique universelle.