Récupérer du stress plus vite et avec plus de soutien

En 5 secondes Selon deux études, les couples de la diversité sexuelle et de genre récupéreraient plus efficacement d’une situation de stress et se soutiendraient mieux que les couples hétérosexuels cisgenres.
Les auteurs indiquent que les expériences de stigmatisation et de discrimination peuvent favoriser une plus grande dépendance aux relations intimes et des systèmes de soutien plus intentionnels.

La façon dont les couples réagissent au stress peut être aussi importante que le stress lui-même.

Deux nouvelles études canadiennes démontrent que les couples de la diversité sexuelle et de genre (DSG) – comprenant des personnes homosexuelles, gaies, bisexuelles, transgenres et non binaires – récupèrent plus efficacement du stress aigu et affichent des comportements de soutien plus engagés et mieux coordonnés que les couples hétérosexuels cisgenres.

Selon leurs auteurs, rattachés à l’Université de Montréal, ces études, publiées séparément dans Biopsychosocial Science and Medicine et Psychoneuroendocrinology, offrent l’un des examens les plus détaillés à ce jour du stress comme processus biologique à deux volets.

Le stress aigu active l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien, qui libère le cortisol, hormone du stress dite «de la lutte ou de la fuite», pour mobiliser l’énergie. Bien que cette réponse soit adaptative, une récupération prolongée ou mal régulée est associée à des conséquences néfastes sur la santé physique et la santé mentale.

Dans ces études, les couples ont été placés dans une pièce pendant deux heures; l'un des partenaires devait répondre à une série de questions standardisées destinées à déclencher la sécrétion du cortisol, tandis que l'autre jouait un rôle de soutien.

Sept prélèvements salivaires répétés ont ensuite été effectués auprès de chaque participant, ce qui a permis aux équipes de recherche de suivre simultanément les variations de cortisol des deux partenaires. La physiologie du stress peut ainsi être étudiée à l’échelle du couple plutôt qu’à celle de l’individu.

Réactivité plus élevée, taux de cortisol plus élevé

La première étude (dans Biopsychosocial Science and Medicine) a suivi 101 couples (dont 42 de la DSG) et examiné les taux de cortisol chez les partenaires stressés et chez ceux qui apportaient leur soutien. Les personnes dont le sexe assigné à la naissance est masculin ont montré une réactivité plus élevée après l’exposition au stress. Parmi les partenaires de soutien, les personnes dont le sexe assigné à la naissance est féminin ont présenté un taux de cortisol plus élevé pendant la récupération, ce qui semble indiquer que le fait d’offrir du soutien a un effet physiologique.

Plus important encore, les couples de la DSG ont présenté des taux de cortisol significativement plus bas pendant la récupération comparativement aux couples hétérosexuels cisgenres, un effet qui s’est maintenu après la prise en compte de la satisfaction relationnelle et de la durée de la relation. Ce schéma était principalement attribuable aux partenaires de soutien dans les couples de la DSG, dont les taux de cortisol sont demeurés plus bas pendant la récupération.

«Ces résultats montrent que les façons dont les couples de la DSG se soutiennent mutuellement ne sont pas seulement significatives sur le plan psychologique, elles sont aussi mesurables sur le plan biologique, déclare Silke Jacmin-Park, candidate au doctorat en psychologie clinique et première auteure de l’étude. Le soutien au sein de ces couples semble façonner l’efficacité avec laquelle le corps récupère du stress.»

Robert-Paul Juster, professeur agrégé au Département de psychiatrie et d’addictologie de l’UdeM et auteur principal, ajoute: «Une grande partie de la littérature scientifique s’est concentrée sur les risques pour la santé liés au stress minoritaire, et ces risques sont bien connus. Ce que notre travail démontre, c’est que les couples de la DSG peuvent également développer des forces distinctives en matière de corégulation et de soutien mutuel qui ont des conséquences physiologiques directes.»

Des comportements de soutien spécifiques expliquent les différences de récupération

La deuxième étude (dans Psychoneuroendocrinology) a examiné un échantillon final plus large de 118 couples (dont 51 de la DSG) et mis au jour des mécanismes comportementaux sous-jacents à ces différences physiologiques à l’aide d’enregistrements vidéos des discussions entre partenaires avant et après l’exposition au stress. À l’aide d’observateurs formés et d’un système de cotation standardisé, les chercheurs ont codé les interactions en temps réel selon sept dimensions de soutien positif: expression émotionnelle, attention, validation, description du problème, suggestions de changement, engagement comportemental et synchronie interactionnelle, une mesure globale de la coordination dyadique.

Collectivement, chez l’ensemble des couples, des comportements de soutien tels que l’attention et l’engagement ont été prédicteurs d’une récupération plus rapide chez le partenaire stressé. Fait intéressant, les partenaires de la DSG se sont distingués par un plus grand engagement et une plus grande synchronie interactionnelle lors des discussions sur le stress, ce qui reflète une plus grande harmonie.

Le type de couple a également influencé ces associations. Chez les couples de la DSG, l’expression émotionnelle du partenaire stressé était liée à une récupération plus rapide. Chez les couples hétérosexuels cisgenres, une faible expression de soi jumelée à une grande attention était associée à une récupération plus lente.

«Ces résultats sont importants, car ils permettent de désigner des comportements concrets et modifiables liés à la récupération physiologique, mentionne Sophie Bergeron, auteure principale de la deuxième étude. L’engagement actif, la validation et l’expression émotionnelle semblent favoriser une régulation plus rapide du stress sur le plan biologique.»

Beáta Bőthe, professeure adjointe de psychologie à l’UdeM et coauteure de l’étude, poursuit: «En combinant des données d’observation avec des mesures hormonales et une modélisation dyadique, nous pouvons aller au-delà des expériences subjectives et saisir la façon dont les couples se comportent réellement en situation de stress et comment cette synergie s’inscrit dans la biologie.»

Pourquoi les couples de la DSG affichent-ils ces schémas?

Les auteurs indiquent que les expériences de stigmatisation et de discrimination peuvent favoriser une plus grande dépendance aux relations intimes et des systèmes de soutien plus intentionnels, incluant les dynamiques de «famille choisie». Au sein des unions romantiques, cela pourrait se traduire par une plus grande sensibilité émotionnelle, une meilleure communication et davantage de soins mutuels.

Les expériences partagées de marginalisation peuvent également renforcer l’empathie et la coordination en période de stress, contribuant à la fois à la synchronie comportementale et à une récupération physiologique plus efficace, selon les coauteurs.

Il est important de souligner que tous les couples des études ont présenté des hausses importantes du cortisol sous l’effet du stress. La différence entre les couples hétérosexuels cisgenres et les couples de la diversité sexuelle et de genre réside dans l’efficacité et la nature collaborative de la récupération.

Ensemble, ces études font progresser la compréhension quant au stress comme processus biologique dyadique, démontrant que les interactions entre partenaires influencent la récupération physiologique de manière mesurable.

Elles permettent également de cibler des comportements spécifiques et modifiables: l’expression émotionnelle, la validation, l’attention et l’engagement semblent tous favoriser une récupération plus rapide après un épisode de stress, note-t-on.

Pour les couples de la DSG, les résultats montrent qu’encourager une expression émotionnelle ouverte en période de stress pourrait être particulièrement bénéfique pour la régulation physiologique. Ce projet a été réalisé par le Centre de recherche interdisciplinaire sur les problèmes conjugaux et les agressions sexuelles. Les futures recherches de cette équipe viseront à diversifier l’échantillon et à approfondir l’étude de mécanismes tels que l’intimité, l’intersectionnalité et les processus de marginalisation multiple.

Demandes médias

Université de Montréal
Tél. : 514 343-6111, poste 67960