Coralie Mercerat: favoriser l'inclusion des personnes en situation de handicap

En 5 secondes Maternité, accessibilité, coercition: Coralie Mercerat, nouvelle professeure à l'UdeM, étudie ce que les personnes en situation de handicap vivent et que le système peine à reconnaître.
«Les personnes en situation de handicap sont des gens qui contribuent à la société, qui travaillent souvent plus de 40 heures par semaine, qui ont des familles, des vies sociales et amoureuses, des rêves et qui s'occupent d'autres personnes, insiste Coralie Mercerat. Leur compliquer l'accès à des lieux publics, c'est leur envoyer un message sur le peu de place qu’on leur fait dans la société.»

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Les nouveaux profs sont arrivés! Article 68 / 68

Elle a grandi dans une petite ville en Suisse où, dit-elle avec un sourire, «l'EDI n'était pas très EDI» – c’est-à-dire l'équité, diversité et inclusion. C'est sans doute le besoin d'horizons plus larges et l'envie d'en faire quelque chose qui l’a poussée à quitter cette ville à l'adolescence. Après un détour par le théâtre et l'acquisition d'une formation d'agente de bureau, elle a trouvé sa voie en psychologie.

Depuis le 1er août dernier, Coralie Mercerat est professeure au Département de psychologie de l'Université de Montréal, titulaire d'un poste consacré à la psychologie de la santé et à l'EDI: loin d’être un titre honorifique, c'est le fil conducteur de ses 20 ans de pratique. 

De Lausanne à Montréal par la voie de traverse 

Le père de Coralie Mercerat était psychiatre, ce qui «aide à comprendre certaines choses», selon ses dires – dont l'attirance pour la psychologie, le goût du travail avec les humains –, mais pas tout: ce qui l'a menée vers une pratique communautaire et engagée tient plutôt à ce qu'elle a ressenti, très tôt, vis-à-vis des limites du «modèle classique».

«La psychologie traditionnelle repose beaucoup sur la psychopathologie et c’est réducteur, déplore-t-elle. Par exemple, une personne issue à la fois de l'immigration et de la diversité sexuelle ne se laisse pas appréhender par un seul prisme, mais c'est précisément ce que la clinique classique tend parfois à faire: réduire une trajectoire complexe à un diagnostic.»

À l'Université de Lausanne, Coralie Mercerat éprouve le même inconfort que lorsqu’elle était jeune: trop à l'étroit.

Une année d'échange à l'UdeM, en 2010-2011, change la donne. Elle rentre terminer sa maîtrise en Suisse, revient à Montréal pour son doctorat en psychologie communautaire – une approche à mi-chemin entre la recherche participative et l'action sociale – et n'en repart plus.

Ce que les mères n'osaient pas dire

Sa thèse portait sur les services en périnatalité offerts aux parents en situation de handicap physique. Et ce qu'elle a constaté sur le terrain était d'une autre nature que ce qu'elle imaginait. 

Les femmes interviewées décrivaient des professionnels de la santé qui les avaient découragées de tomber enceintes. Certaines avaient été orientées vers un avortement sans l'avoir demandé. D'autres rapportaient des pressions, diffuses mais insistantes, pour qu’elles renoncent à la maternité. «Et ce n'était pas des cas isolés», précise Coralie Mercerat.

En approfondissant ses recherches avec des collaboratrices, dont certaines elles-mêmes en situation de handicap, elle a découvert que des stérilisations forcées avaient été pratiquées au Québec et au Canada bien après leur interdiction officielle en 1986. À l’instar des cas de violence attestés chez les femmes autochtones…

C’est ce tabou que Coralie Mercerat traque dans ses formes contemporaines: les représentations sociales tenaces «qui associent le handicap à l'incapacité parentale, les pressions implicites du personnel médical, les discours de l'entourage qui découragent sans jamais être reconnus comme de la coercition».

Elle travaille en équipe pluridisciplinaire – ergothérapie, travail social, criminologie et droit –, aux côtés d'une collègue de l’Université Memorial de Terre-Neuve-et-Labrador dont les travaux portent sur la coercition reproductive.

En mai, les résultats préliminaires de ce projet de recherche seront présentés à plusieurs organismes terre-neuviens et québécois qui travaillent auprès de femmes en situation de handicap afin de valider des savoirs expérientiels déjà présents sur le terrain et de les porter jusqu'aux politiques publiques.

Ce qu'on préfère ne pas voir 

Les champs de recherche de Coralie Mercerat débordent le système de santé. Elle s'intéresse aussi à l'accessibilité des services publics au sens large, tels les aéroports, les parcs nationaux, les guichets d'immigration et les campus, ainsi qu’aux répercussions des obstacles rencontrés sur les sentiments d'appartenance et d’inclusion des personnes concernées.

«Les personnes en situation de handicap sont des gens qui contribuent à la société, qui travaillent souvent plus de 40 heures par semaine, qui ont des familles, des vies sociales et amoureuses, des rêves et qui s'occupent d'autres personnes, insiste Coralie Mercerat. Leur compliquer l'accès à des lieux publics, c'est leur envoyer un message sur le peu de place qu’on leur fait dans la société.»

À l'UdeM, elle entend jouer un rôle actif dans le traitement de ces questions. Elle donnera à l'automne le cours de psychologie communautaire, en plus de superviser de nouveaux étudiants et étudiantes des cycles supérieurs. De même, elle sera active dans des comités d’EDI à différents paliers de la Faculté des arts et des sciences.

La création de son poste, explicitement voué à l’EDI dans un département grand producteur de travaux de recherche, est selon elle «un signal: la demande est là chez nos étudiantes et nos étudiants, dit-elle. Ils traitent ou auront à traiter la diversité et ce poste, c'est la réponse institutionnelle à quelque chose qui était déjà en train de se passer, et ça me rend vraiment fière d’y participer».

Il y a un dernier élément qui traverse tout le travail de Coralie Mercerat et qu'elle nomme simplement: le lien.

«Se sentir inclus dans sa famille, son couple, sa société, avoir des relations non discriminantes et qui traduisent l’acceptation, c'est un puissant prédicteur de protection pour la santé mentale», conclut-elle.

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