Le Canada se tourne vers l’Europe et investit dans le plus grand télescope du monde

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Grâce à une subvention de 22,6 M$ du Canada et de trois de ses provinces, l’UdeM codirige l’équipe canadienne qui participe à la conception de l’instrument ANDES du télescope géant.
Construction du Télescope géant européen au Chili (mois d'avril)

Le Télescope géant européen (ou ELT pour Extremely Large Telescope), actuellement en construction au Chili, sera bientôt le télescope optique et infrarouge le plus puissant jamais construit sur la planète. 

Une équipe dirigée par l'Université de Montréal, l'Observatoire du Mont-Mégantic (OMM) et l’Institut Trottier de recherche sur les exoplanètes (IREx), en partenariat avec l’Université de la Colombie-Britannique, vient de recevoir une subvention de 11,3 M$ de la Fondation canadienne pour l’innovation (FCI), de 5,7 M$ du ministère de l’Enseignement supérieur du Québec (MES), de 3,8 M$ du gouvernement de l’Ontario et de 1,8 M$ (en voie d’approbation ) du gouvernement de la Colombie-Britannique afin de soutenir la contribution des scientifiques canadiens à l’instrument ANDES du télescope géant.   

Avec ses 39 m de diamètre, l’ELT sera le premier d’une nouvelle classe de «télescopes géants», capables d’observer l’Univers avec un niveau de détail sans précédent. Il ouvrira une nouvelle fenêtre sur tout, des exoplanètes proches aux galaxies les plus lointaines. 

Le financement de la FCI, qui constitue la sixième subvention en importance accordée à l’issue du concours 2026 de l’organisme, subvention doublée par le Québec, l’Ontario et la Colombie-Britannique, garantira au Canada un rôle majeur dans la construction du télescope.  

Des observations astronomiques à ne pas rater pour le Canada 

Le Canada n’est actuellement pas membre de l’Observatoire européen austral (ESO), l’organisation chargée de la construction et de l’exploitation de l’ELT. Cependant, grâce à cet investissement dans ANDES, les astronomes canadiens bénéficieront d’un accès garanti au télescope, ce qui n’aurait pas été possible autrement. 

«Il s’agit d’un moment décisif pour l’astronomie canadienne, qui propulse le Canada dans un rôle de premier plan au sein de ce qui pourrait devenir le plus puissant télescope terrestre jamais construit», déclare René Doyon, directeur de l’OMM et de l’IREx, professeur à l’UdeM et cochercheur principal dans la contribution canadienne à ANDES. 

Depuis des décennies, l’accès à un très grand télescope optique est considéré comme une priorité absolue pour le Canada, notamment dans le plan à long terme de la Société canadienne d’astronomie pour les années 2020.  

«Compte tenu des retards affectant d’autres projets internationaux, l’ELT représente la seule voie à court terme permettant aux scientifiques canadiens de participer à cette nouvelle ère de découvertes. Sans cette contribution, ils risquaient d’être exclus de certaines des observations astronomiques les plus importantes de la prochaine décennie», ajoute le professeur Doyon.

ANDES: un instrument pour chercher des signes de vie dans l’Univers

Le financement canadien soutiendra l’élaboration de composants clés d’ANDES (ArmazoNes high Dispersion Echelle Spectrograph), l’un des instruments de l’ELT. Cet instrument alliera une sensibilité extrême à une haute résolution spectrale, permettant aux astronomes d’étudier l’Univers d’une manière totalement inédite. Il fonctionnera dans les longueurs d’onde du visible et de l’infrarouge et est conçu pour répondre à certaines des plus grandes questions de l’astrophysique, depuis les origines des éléments jusqu’à l’évolution des galaxies. 

«ANDES permettra d’avoir une vision d’une profondeur sans précédent de l’époque de l’aube cosmique, ajoute Allison Man, professeure adjointe à l’Université de la Colombie-Britannique et cochercheuse principale dans la contribution canadienne à ANDES. Nous répondrons à des questions fondamentales sur l’origine des éléments chimiques et découvrirons comment les premières étoiles et les trous noirs actifs ont illuminé l’Univers.» 

L’une de ses capacités les plus prometteuses se trouve plus près de nous. ANDES sera le premier instrument capable de rechercher directement des signes de vie dans les atmosphères de planètes proches, semblables à la Terre, en orbite autour d’étoiles analogues au Soleil, un objectif de longue date en astronomie et ce qui est souvent considéré comme le Saint-Graal de la science des exoplanètes.  

En combinant la spectroscopie à haute dispersion avec des techniques d’imagerie avancées, il sera capable de détecter des molécules telles que l’eau, l’oxygène, le méthane et le dioxyde de carbone sur ces astres situés au-delà de notre système solaire. 

«C’est le genre d’instrument qui pourrait répondre à l’une des plus anciennes questions de l’humanité: sommes-nous seuls dans l’Univers? explique Frédérique Baron, gestionnaire de projet de l’équipe canadienne ANDES. Le Canada apporte des composants essentiels de l’instrument et du processus d’analyse des données, ce qui permet à notre équipe de jouer un rôle central dans la transformation des observations brutes en détections fiables de molécules atmosphériques sur des planètes proches semblables à la Terre.»

Fruit de l'expertise canadienne et de l’Observatoire du Mont-Mégantic

La contribution canadienne au projet ANDES s'appuie sur des décennies de leadership dans le domaine de l'instrumentation astronomique. Les équipes de l’Observatoire du Mont-Mégantic et de son laboratoire d’astrophysique expérimentale ont joué un rôle clé dans la mise au point d’instruments de classe mondiale tels que SPIRou sur le télescope Canada-France-Hawaii, NIRPS sur le télescope de 3,6 m de l’ESO à La Silla, au Chili, et l’instrument canadien NIRISS à bord du télescope spatial James-Webb

Cette expertise a été déterminante pour obtenir le financement de la FCI et faire du Canada un partenaire majeur au sein du consortium international ANDES.  

Le projet sera dirigé de Montréal, mais il comprend des collaborateurs de tout le pays, ce qui en fait un effort véritablement pancanadien.

Autres retombées: optique photonique et science des données

Au-delà de ses objectifs scientifiques, le projet aura des retombées considérables pour le Canada. Près de la moitié du financement servira à soutenir du personnel hautement qualifié et des partenariats avec l’industrie canadienne, ce qui stimulera l’innovation dans des domaines tels que l’optique, la photonique, les détecteurs et la science des données. Ces technologies trouvent souvent des applications bien au-delà de l’astronomie, allant de l’imagerie médicale aux communications en passant par la surveillance environnementale.

Parallèlement, le projet formera la prochaine génération de scientifiques et d’ingénieurs, contribuant ainsi à répondre au besoin croissant du Canada en matière d’expertise en science, technologie, ingénierie et mathématiques. En outre, les découvertes issues d’ANDES seront transposées en activités pédagogiques et en contenus éducatifs qui donneront aux élèves du Canada et du Chili un accès à la science qui se déroule à l’ELT. En transformant les observations réelles de mondes lointains en expériences d’apprentissage pratiques, le projet éveillera la curiosité, encouragera les questions et offrira aux jeunes un lien concret avec la recherche de pointe. 

La construction d’ANDES est en cours, la contribution du Canada étant désormais officiellement garantie grâce à cet investissement de la FCI. En tant qu’instrument de deuxième génération, il devrait voir la lumière au cours de la prochaine décennie, quelques années après la mise en service de l’ELT.

Demandes médias

Université de Montréal
Tél. : 514 343-6111, poste 67960
Institut Trottier de recherche sur les exoplanètes (iREx)
Tél. : 613 531-1762