Découverte d'un monde brumeux: même les planètes jumelles ne sont pas toujours identiques

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Une équipe menée par des chercheurs canadiens découvre que l’exoplanète LP 791-18 c, une sous-Neptune tempérée, possède une atmosphère brumeuse sans équivalent parmi ses autres planètes jumelles.
Une représentation artistique de l’exoplanète brumeuse LP 791-18 c.

Des astronomes de l’Institut Trottier de recherche sur les exoplanètes (IREx) de l’Université de Montréal ont dévoilé grâce au télescope spatial James-Webb (JWST) la véritable nature d’un monde qui, au premier coup d’œil, semblait presque identique à plusieurs de ses semblables bien connus. 

L’exoplanète LP 791-18 c – une petite sous-Neptune dont la taille se situe entre celle de la Terre et celle de Neptune et qui orbite autour d’une étoile naine rouge froide à seulement 86 années-lumière – devrait ressembler à d’autres sous-Neptune tempérées de dimensions et de températures comparables, comme K2-18 b ou TOI-270 d. Mais au lieu de l’atmosphère dégagée et riche en méthane et en dioxyde de carbone observée sur ces planètes, James-Webb a révélé une tout autre chose: une atmosphère dominée par des brumes, riche en méthane et sans aucune trace de dioxyde de carbone. 

Cette découverte, menée par une équipe canadienne, montre que des planètes qui paraissent presque identiques à première vue peuvent diverger fortement en termes de couverture nuageuse, de chimie et d’évolution – et que seule la sensibilité exceptionnelle du JWST permet de mettre au jour cette diversité cachée. Les résultats ont été publiés dans la revue Nature Astronomy

 

Une planète familière à la chimie inattendue 


L’exoplanète LP 791-18 c fait environ 2,5 fois le rayon de la Terre et orbite dans la zone dite «tempérée» de sa petite étoile hôte – avec une température d’équilibre estimée entre -20 et 140 °C – tout en étant soumise à un niveau d’irradiation comparable à celui de plusieurs sous-Neptune déjà étudiées en détail. Cette similarité en faisait une cible idéale pour une comparaison avec les planètes K2-18 b et TOI-270 d, toutes deux présentant des atmosphères dégagées ou légèrement nuageuses, riches en méthane mais aussi en dioxyde de carbone – un signe d’intérieurs riches en eau. 

Mais lorsque l’équipe dirigée par des astronomes canadiens a observé LP 791-18 c avec le spectrographe infrarouge NIRSpec du JWST, le spectre a raconté une tout autre histoire. 

«On aurait pu s’attendre à une atmosphère pratiquement identique à celles des sous-Neptune tempérées déjà étudiées: principalement du méthane, du dioxyde de carbone et aucune trace de nuages dans les hautes couches. Au contraire, nous avons trouvé une planète au régime nuageux complètement différent et possiblement à la chimie distincte, explique Pierre-Alexis Roy, auteur principal de l’étude, qui a réalisé ces travaux comme doctorant à l’IREx et qui est maintenant chercheur postdoctoral à l’Université de Californie à Los Angeles. L'exoplanète LP 791-18 c est un monde brumeux. Son atmosphère est riche en méthane et en aérosols photochimiques, sans presque aucune trace d’eau ou de dioxyde de carbone – un contraste frappant avec ses analogues.» 

Les observations du JWST montrent une signature d’absorption du méthane très marquée, alors que la signature du dioxyde de carbone, détectée sur les deux autres sous-Neptune tempérées, est étonnamment absente. Le spectre présente plutôt une forme large et atténuée typique des atmosphères enveloppées de brumes ou de nuages complexes.

Un monde sculpté par la photochimie et la lumière stellaire

La brume qui enveloppe l’exoplanète LP 791-18 c est probablement due à la photochimie, alors que les rayons ultraviolets de la naine rouge active brisent les molécules de méthane dans les hautes couches de l’atmosphère de la planète. Les fragments se recombinent ensuite pour former des hydrocarbures plus lourds. Ce même processus est responsable du smog orangé de Titan, la lune de Saturne.  

Cette brume photochimique peut bloquer ou atténuer les «empreintes moléculaires» qui permettent aux astronomes de déchiffrer la composition d’une atmosphère. Pourtant, malgré ce voile, le JWST a pu identifier le méthane clairement et établir des contraintes sur ce qui manque. 

Autre résultat important: l’équipe a démontré que le spectre reste inchangé qu’on prenne en considération ou non l’activité stellaire dans l’analyse. Cela signifie que la chimie inhabituelle de l’atmosphère n’est pas une illusion causée par des taches ou des éruptions stellaires – un problème courant dans les études atmosphériques récentes –, mais bel et bien une propriété intrinsèque de la planète. 

«James-Webb nous donne une vision directe et nette, mentionne le professeur Björn Benneke, rattaché à l’UdeM et à l’Université de Californie à Los Angeles, coauteur de l’étude et superviseur de Pierre-Alexis Roy au doctorat. Même lorsqu’on tient compte de toutes les façons dont l’étoile pourrait influencer le signal, l’image atmosphérique demeure la même. L’exoplanète LP 791-18 c montre réellement ces brumes abondantes et cette forte bande d’absorption du méthane.»

 

Un indice sur le lieu de naissance de la planète 


Si des planètes de même taille et de même température peuvent avoir des atmosphères radicalement différentes, la question évidente est pourquoi. La réponse pourrait remonter à plusieurs milliards d’années. 

L’empreinte chimique de LP 791-18 c, riche en méthane mais pauvre en molécules contenant de l’oxygène, laisse supposer une formation à l’intérieur de la ligne de glace du disque protoplanétaire, la région proche de l’étoile où les températures sont trop élevées pour que les grains de glace survivent. Les planètes qui se forment plus loin ont tendance à incorporer davantage d’eau et de glaces volatiles, ce qui engendre des atmosphères riches en dioxyde de carbone et en eau comme celles de K2-18 b et TOI-270 d. 

Dans le cas de LP 791-18 c, ce sont plutôt des matériaux plus secs et riches en carbone qui semblent être à l’origine de sa formation. Une telle différence fondamentale peut laisser une empreinte durable sur sa composition. 

«C’est la preuve la plus forte à ce jour que l’histoire de la formation et l’évolution, et pas seulement la taille ou la température, façonnent les atmosphères des sous-Neptune, souligne Pierre-Alexis Roy. Deux planètes peuvent paraître identiques de loin, mais leur chimie peut révéler des origines totalement différentes.» 

Cette étude montre comment le JWST rend possible une véritable «planétologie comparative»: des planètes semblables en apparence peuvent maintenant être distinguées par leurs caractéristiques atmosphériques les plus profondes. 

«Nous savons que les petites planètes rocheuses ont une diversité intrinsèque, affirme Pierre-Alexis Roy. Il suffit de penser à la Terre et à Vénus qui, malgré une formation dans la même zone habitable, possèdent des atmosphères radicalement différentes. Mais maintenant, nous commençons à observer cette diversité chez les sous-Neptune gazeuses également.» 

 

Un système planétaire miniature plein de surprises 
 

L’exoplanète LP 791-18 c orbite au sein d’un système compact et dynamique qui fascine déjà les astronomes. En 2023, une autre équipe dirigée par l’UdeM avait découvert que la planète intérieure LP 791-18 d est probablement soumise à une activité volcanique intense due aux interactions gravitationnelles, ce qui en fait l’une des meilleures candidates pour un «monde volcanique» hors du système solaire. 

À présent, avec LP 791-18 c et sa complexité atmosphérique d’un tout autre genre, le système devient un exemple remarquable de la diversité des planètes en orbite autour de petites étoiles. 

«On a dans le même système une planète terrestre volcanique et une sous-Neptune brumeuse riche en méthane, note Björn Benneke. Cela montre à quel point les planètes peuvent être extraordinairement variées, même lorsqu’elles se forment autour de la même étoile.»

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