Astronomie: comment s’alimentent les trous noirs supermassifs?

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Des astronomes canadiens dirigés par une professeure de l’Université de Montréal ont utilisé le télescope spatial «James-Webb» pour comprendre comment s’alimentent les trous noirs supermassifs.
Une image de la galaxie elliptique NGC 4696, située au centre de l'amas du Centaure, prise par le télescope spatial «Hubble». Cette image montre des filaments poussiéreux entourant le centre de la galaxie.

À l'aide du télescope spatial James-Webb (JWST), une équipe internationale d'astronomes dirigée par la professeure du Département de physique de l’Université de Montréal Julie Hlavacek-Larrondo a capté l'une des vues les plus claires à ce jour de la façon dont un trou noir supermassif s'alimente, ce qui rapproche les scientifiques de la résolution d'un mystère astrophysique de longue date. Les résultats de ces travaux ont été publiés dans The Astrophysical Journal Letters.

Des trous noirs autorégulés

Presque toutes les grandes galaxies de l'Univers abritent en leur centre un trou noir supermassif dont la masse atteint des millions, voire des milliards de fois celle du Soleil. Lorsque ces trous noirs attirent activement la matière environnante, ils s'allument comme de véritables moteurs cosmiques, projetant de puissants jets d'énergie capables de sculpter toute la galaxie qui les entoure, ralentissant la naissance de nouvelles étoiles et influençant la croissance de la galaxie au fil du temps. Les astronomes appellent ce type de trous noirs des noyaux actifs galactiques.

Malgré des recherches approfondies, une énigme tenace persiste depuis des années. Si les jets d'un noyau actif galactique réchauffent le gaz environnant, cela devrait, en principe, couper l'approvisionnement en matière du trou noir. Comment continue-t-il alors à se nourrir et à croître?

L'hypothèse principale est que le gaz finit par se refroidir, il se condense en longs filaments minces, puis retombe vers le centre de la galaxie. Le trou noir supermassif alimente le processus qui l'alimente lui-même; il s'agit d'un système autorégulé. Malgré des décennies de recherche, observer directement comment ces filaments se déplacent vers le trou noir est demeuré extrêmement difficile. Ce lien, un chaînon manquant en quelque sorte, est précisément ce que révèle cette nouvelle étude.

D'une spirale à un disque en rotation

L'équipe a pointé le JWST vers la galaxie NGC 4696, galaxie centrale de l'amas du Centaure, un groupe dense de galaxies situé à environ 145 millions d'années-lumière de la Terre et l'un des meilleurs laboratoires pour étudier les mécanismes des noyaux actifs galactiques.

Des images antérieures du télescope spatial Hubble avaient mis au jour une curieuse spirale de gaz près du trou noir central de la galaxie, mais Hubble ne pouvait capter qu'un instantané de l'emplacement du gaz, sans dévoiler son mouvement.

À la suite de près de huit heures de temps d'observation à l'aide de l'instrument NIRSpec du JWST, l'équipe a produit des cartes détaillées du mouvement du gaz au cœur même de la sphère d'influence du trou noir, avec une résolution suffisamment fine pour distinguer des structures d'environ 30 années-lumière, ce qui représente une infime portion d'une galaxie large de centaines de milliers d'années-lumière.

Ces cartes ont révélé que la spirale est en réalité un disque de gaz en rotation d'environ 800 années-lumière de diamètre enroulé autour du trou noir supermassif, où la matière file à des vitesses pouvant atteindre 600 km/s. Plus important encore, ce disque semble physiquement relié à l'un des grands filaments qui s'étendent plus loin dans la galaxie. Les observations ont montré le gaz s'écoulant le long du filament, se déversant dans le disque, puis tombant du disque vers le trou noir supermassif.

«Ce que le JWST met en lumière, c'est que les trous noirs pourraient être les ultimes recycleurs cosmiques, explique Julie Hlavacek-Larrondo, auteure principale de l'étude. Ils libèrent d'énormes quantités d'énergie qui réchauffent leur environnement, mais ce même gaz peut ensuite se refroidir en filaments minces qui retombent vers l'intérieur et alimentent à nouveau le trou noir. Nous observons enfin en action ce cycle qui s’autorégule.»

Boucler la boucle

L'étude permet aux astronomes de mieux comprendre l'ensemble du cycle d'alimentation d'un trou noir supermassif. Les jets émis par le trou noir injectent de l'énergie dans le gaz environnant de la galaxie. Ce gaz finit par se refroidir, devient instable, puis s'effondre en longs filaments, dont certains ne mesurent que quelques centaines d'années-lumière de largeur, mais s'étendent sur des milliers d'années-lumière de longueur. Des forces magnétiques freinent la rotation du gaz à mesure qu'il tombe, le guidant vers l'intérieur. Il s'accumule alors en un disque en rotation autour du trou noir. Le disque alimente le trou noir. Le trou noir déclenche ses jets. Et le cycle recommence.

Ces résultats ont mené à la mise sur pied de nouveaux programmes d'observation de la galaxie NGC 4696 et des systèmes similaires à l’aide du JWST et d’installations autour du monde. Dans l'ensemble, ces données contribueront à améliorer notre compréhension de la façon dont les trous noirs s'alimentent et régulent la croissance des galaxies à travers l'Univers.

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