Réseau des écoles associées: unir recherche et terrain au service de la réussite scolaire

En 5 secondes Dans deux écoles associées à la Faculté des sciences de l’éducation, des élèves progressent, des enseignantes actualisent leur pratique et de futurs enseignants apprennent leur métier sur le terrain.
L'enseignante Véronique Dinelle avec des élèves de sa classe de mathématiques à l'école Vanguard, l'un des établissements du Réseau des écoles associées de la Faculté des sciences de l'éducation de l'UdeM.

«Avant, je n’étais pas forte en écriture, mais j’ai fait beaucoup de progrès parce que ma professeure me montre ce que je peux améliorer au lieu de me faire des reproches.» Tels sont les mots d’une élève de sixième année de l’école primaire Eurêka, à Laval, dont l’enseignante, Stéphanie Desforges-Cyr, a revu en profondeur sa façon d’évaluer. 

À Saint-Laurent, Virginie-Ann Leduc, qui enseigne en quatrième secondaire à l’école Vanguard, observe une évolution similaire du côté de ses élèves: pour la première fois, pendant un rallye pédagogique qu’elle a conçu avec une résidente de la Faculté des sciences de l’éducation (FSE) de l’Université de Montréal, ses élèves ont voulu continuer à travailler la grammaire – «une première!» selon les mots de la diplômée en adaptation scolaire de l’UdeM.

Ces témoignages ont été recueillis le 6 mai au cours de visites organisées dans ces deux établissements partenaires du Réseau des écoles associées, mis sur pied par la FSE. La finalité du Réseau: tisser des liens durables entre le milieu scolaire et l’Université de Montréal au bénéfice des élèves, des enseignants et des chercheurs.

Des élèves qui progressent

À l’école Vanguard, un établissement primaire-secondaire privé spécialisé en adaptation scolaire, les classes comptent de 12 à 17 élèves. Les orthopédagogues y travaillent de concert avec les enseignants titulaires pour répondre aux besoins spécifiques de certains élèves, tandis que les orthophonistes interviennent pour aider d'autres élèves à surmonter les difficultés liées à la communication. «C’est le milieu qui s’adapte à l’élève, pas l’inverse», souligne Stéphane Proulx, directeur de l’innovation, de la réussite et des services pédagogiques. 

L’école primaire Eurêka accueille 600 élèves dans des contextes souvent plus complexes encore. L’école compte une majorité de classes régulières, mais aussi des classes de soutien langagier, d’accueil et d’adaptation scolaire, en plus d’abriter un centre de pédiatrie sociale.  

C’est dans cet environnement que Naomie Fournier Dubé, professeure à la Faculté des sciences de l’éducation de l’UdeM, accompagne depuis janvier 2023 plusieurs membres du personnel enseignant dans une transformation profonde de leurs pratiques évaluatives. 

L’approche tranche avec la notation traditionnelle: au lieu de donner une note chiffrée, les enseignantes et enseignants évaluent en continu les élèves dans une diversité de contextes et à travers une variété de tâches. «On a recentré le jugement professionnel sur le parcours de chaque élève plutôt que sur un chiffre isolé», explique-t-elle.  

Les effets sont tangibles. Les élèves ciblent mieux leurs forces et leurs défis, leur stress face aux évaluations diminue et les parents reçoivent une rétroaction enrichie sur la progression de leur enfant. Naomie Fournier Dubé accompagne deux groupes d’enseignants – en sixième année et en soutien langagier – et l’ensemble de l’école bénéficie de rencontres annuelles.

Une pratique enseignante qui se renouvelle

À l’école Vanguard, depuis l’automne 2024, la Faculté des sciences de l’éducation offre des cours en résidence aux étudiants et étudiantes de la quatrième année du baccalauréat en enseignement en adaptation scolaire de l’UdeM. Cette résidence leur permet, avec le soutien de leur professeur et d’un mentor qui les accueille dans sa classe, de transposer dans la pratique les connaissances acquises dans ces cours. 

Par exemple, Marie-Ève et Françoise, deux résidentes, ont expérimenté dans la classe de leurs mentores une méthode consistant à enseigner une même notion par des représentations concrètes, illustrées, puis symboliques pour soutenir l’apprentissage des mathématiques. Elles ont ainsi pu observer les effets de cette approche sur les apprentissages des élèves et prendre conscience des défis de sa mise en œuvre.  

Également diplômée de la FSE et enseignante à l’école Vanguard depuis 15 ans, Natasha Coghlin décrit quant à elle une transformation plus profonde dans sa façon de concevoir son rôle: «Quand un stagiaire vient dans votre classe et vous dit qu’il a appris telle chose à l’université et propose de l’essayer, ça aide vraiment. Ça aide les élèves et ça m’aide, moi!» Pour cette enseignante d’expérience, l’accès à la recherche ne remplace pas l’intuition développée au fil des années, il la renforce et la rend plus intentionnelle.

Le projet profite aussi à la relève. Elena Romero, une autre diplômée de la FSE, a effectué son stage en situation d’emploi à l’école Vanguard à la suite de son cours en résidence et y enseigne maintenant. Également issue de la FSE, Laurence Bergeron a obtenu un contrat dans la même école et espère y décrocher un poste.

Pour Natasha Coghlin, le programme a même ouvert des horizons inattendus: «Le projet m’a donné la chance d’aller prononcer des conférences au baccalauréat en adaptation scolaire à l’UdeM. Je ne savais pas que ce volet pouvait m’intéresser.»

D’une expérience pilote à un réseau

Les partenariats avec l’école Vanguard et l’école Eurêka ont montré la faisabilité et la richesse des collaborations entre un établissement scolaire et l’Université de Montréal. Ce sont ces modèles que le Réseau des écoles associées cherche maintenant à élargir et à structurer à plus grande échelle. «Avant, nous avions des initiatives séparées, mais maintenant les projets se retrouvent sous un grand parapluie institutionnel avec de la visibilité et des moyens», dit Nathalie Loye, vice-doyenne au développement et à la formation continue à la FSE.  

L’UdeM ne fait pas que transmettre des savoirs: elle a autant à apprendre des praticiens que l’inverse. «Il faut qu’il y ait une valeur ajoutée pour les deux parties, que les professeurs de l’UdeM tout comme les acteurs des écoles et, avant tout, les élèves bénéficient du partenariat», précise la vice-doyenne. 

Le Réseau des écoles associées offre d’ailleurs plusieurs façons de nouer des liens avec l’UdeM, que ce soit par la recherche-action, la formation continue, l’accompagnement ou encore les cours en résidence.

Les moyens d’une ambition

Né de la détermination de la doyenne Ahlem Ammar et de son équipe à contribuer à la réussite scolaire, le projet du Réseau des écoles associées a pu prendre de l’ampleur grâce au soutien de la Fondation Famille Michel Fournelle qui, par l’entremise de son président Michel-Éric Fournelle, a versé cinq millions de dollars pour soutenir la mise en place du Réseau, notamment dans le quartier Côte-des-Neiges.  

Pour sa part, le chancelier de l’UdeM, Frantz Saintellemy, et sa conjointe, Vickie Joseph, ont effectué un don d’un million de dollars et, grâce à un défi lancé à la communauté universitaire d’égaler leur don, le Réseau bénéficie d’un million de dollars additionnels.  

Pour Stéphane Proulx, de l’école Vanguard, ce partenariat repose sur le principe du «donnant-donnant: l’expérience terrain et la recherche universitaire se nourrissent mutuellement!» affirme-t-il.  

Ultimement, le Réseau des écoles associées vise la réussite des élèves. «C’est aussi simple et aussi ambitieux que ça», conclut Nathalie Loye. 

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