La clé des FODMAP
L’un des piliers de la prise en charge du syndrome de l’intestin irritable est l’alimentation faible en FODMAP (pour «oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentescibles»), une approche élaborée notamment à l’Université Monash, en Australie.
Ce terme regroupe différents types de sucres de petite taille naturellement présents dans plusieurs aliments, dont les fruits et légumes, et qui fermentent facilement dans l’intestin.
«Chez certaines personnes, ces composés sont mal absorbés et fermentent rapidement dans l’intestin, ce qui entraîne une production accrue de gaz et une entrée d’eau dans le tube digestif. Cette distension peut s’accompagner de phénomènes d’inflammation peu évolutifs et contribuer à une hypersensibilité de la paroi intestinale ainsi qu’à des perturbations de la motilité digestive, ce qui provoque des symptômes inconfortables», indique Chantal Bémeur.
Réduire temporairement les FODMAP permet donc de diminuer cette irritation, avant de réintroduire progressivement certains aliments pour découvrir ceux qui posent réellement problème.
Une proposition numérique
Dans une récente étude pilote, Chantal Bémeur et ses collègues se sont intéressés aux effets de l’adoption d’une diète pauvre en FODMAP sur la qualité de vie des patients atteints du syndrome de l’intestin irritable proposée par une plateforme éducative en ligne. Ce régime alimentaire vise à évaluer la tolérance individuelle aux FODMAP en trois phases: la restriction, la réintroduction et la personnalisation.
Pendant six mois, les participants ont suivi la diète pauvre en FODMAP proposée sur la plateforme Web SOSCuisine. Ce site fournit des recettes, mais aussi un accompagnement structuré pour chacune des phases de la diète et un suivi des symptômes en fonction de l’alimentation. En parallèle, les participants pouvaient consulter une nutritionniste à distance et avaient accès à un forum de discussion, ce qui créait un espace d’échange et de soutien.
Les résultats montrent que l’intervention alimentaire a été bien acceptée et n’a pas entraîné de carences nutritionnelles. Ils font aussi état d’une diminution significative de la gravité des symptômes du syndrome et de l’anxiété, avec une tendance à l’amélioration de la qualité de vie.
Certains points à améliorer ont aussi été soulevés comme le manque de diversité des recettes, par exemple pour des préférences alimentaires liées au végétarisme ou à la culture.
L’humain reste indispensable
Si les outils numériques facilitent l’accessibilité aux soins – surtout lorsque les ressources spécialisées sont limitées –, ils ne remplacent pas complètement l’accompagnement humain, dit Chantal Bémeur. Les résultats de cette étude laissent plutôt entrevoir que la combinaison des deux approches est la plus efficace.
«Le soutien d’une nutritionniste, même à distance, ainsi que les interactions avec d’autres patients jouent un rôle essentiel autant pour la gestion des symptômes que pour le bien-être mental», ajoute la chercheuse.
Elle mentionne au passage que la dimension sociale favorisée par le forum de discussion s’est révélée importante dans l’appréciation de la plateforme. Une façon «d’échanger avec d’autres personnes vivant la même situation et d’ainsi aider à briser l’isolement et à normaliser l’expérience du syndrome de l’intestin irritable», note-t-elle.