Les entrepôts de Dollarama et d'Amazon à Montréal semblaient à première vue opposés: d'un côté, un modèle traditionnel reposant sur des agences de placement, de l'autre, un entrepôt ultramoderne géré par des algorithmes.
Pourtant, une étude publiée dans la Revue canadienne Droit et Société par Martine D'Amours, de l'Université Laval, et Yanick Noiseux, de l'Université de Montréal, conclut que les deux modèles produisaient les mêmes effets: des emplois précaires, des corps épuisés et une main-d'œuvre racisée maintenue dans la vulnérabilité.
Si l’entrepôt de Dollarama est toujours actif à Montréal, les sept entrepôts d'Amazon au Québec ont fermé leurs portes au début de 2025, après la syndicalisation de l'entrepôt de Laval, emportant 1700 emplois directs.
Agences de placement et taylorisme numérique
L'étude, menée par une équipe du Groupe interuniversitaire et interdisciplinaire de recherche sur l'emploi, la pauvreté et la protection sociale, en partenariat avec le Centre des travailleurs et travailleuses immigrants, repose sur un questionnaire rempli par 70 employés (37 chez Dollarama, 33 chez Amazon) recrutés notamment aux abords d’une station de métro de juillet 2022 à mars 2023. Le tout a été complété par 20 entretiens individuels et une analyse des dossiers de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).
Chez Dollarama, toutes les personnes étaient embauchées par une agence de placement, 97,3 % appartenaient à une minorité visible et 67,6 % étaient demandeuses d'asile. Chez Amazon, 85 % étaient nées à l'extérieur du Canada.
Pour recruter son personnel, Dollarama avait recours à une cascade d'agences de placement – jusqu'à huit ou neuf dans un même entrepôt! –, créant une relation tripartite qui rendait l'application des normes du travail quasi impossible et la syndicalisation pratiquement hors de portée.
Chez Amazon, c'était le taylorisme numérique qui régnait: des algorithmes assignaient les tâches, encadraient leur durée à la seconde et pouvaient déclencher des avertissements automatiques menant au congédiement. «Les gens devenaient comme des zombies, résume Yanick Noiseux. Ils nous ont dit devoir dormir pendant toute la fin de semaine pour récupérer de la fatigue accumulée pendant la semaine de travail.»
Selon les données et les témoignages recueillis, les travailleurs et travailleuses d'Amazon pouvaient marcher jusqu'à 21 km par jour lors de leurs déplacements dans l'entrepôt…