Seulement un cinquième des doctorants et doctorantes poursuivront une carrière en recherche universitaire: c’est donc dire que la très grande majorité devront se tailler une place dans les entreprises privées et parapubliques. Pour outiller celles et ceux qui sont au doctorat ou au postdoctorat, les Études supérieures et postdoctorales de l’Université de Montréal ont organisé le 11 mai, au Carrefour des arts et des sciences, un cinq à sept avec des représentantes de l’industrie sur le thème de l’excellence doctorale au service d’entreprises innovantes. «Nous souhaitons mieux aider nos étudiants et étudiantes à faire ce saut», a souligné en ouverture Julie Carrier, vice-rectrice adjointe aux études supérieures et postdoctorales.
L’activité a ainsi réuni Renée Touzin, présidente-directrice générale de Giro, et Isabelle Longchamps, vice-présidente à la stratégie, au talent et à l’EDI du Mouvement Desjardins. Se sont jointes à la discussion, animée par Philippe Desrosier, Anne Mercier, directrice de l’innovation chez Giro et titulaire d’un doctorat en mathématiques appliquées de Polytechnique Montréal et d’un postdoctorat de l’UdeM, de même que Dominique Duguay, conseillère principale au développement organisationnel et à l’expérience employée chez Desjardins et docteure en psychologie industrielle de l’UQAM.
Des compétences transférables
Tour à tour, les gestionnaires ont présenté les divers postes dans leur entreprise occupés par des diplômés du doctorat. «On cherche des expertises de pointe, des gens qui aiment faire de la résolution de problèmes complexes et qui peuvent vulgariser», a dit Renée Touzin. Collaboration, engagement, rigueur: le parcours doctoral témoigne de plusieurs qualités qui peuvent être utiles sur le marché du travail. «Au-delà des compétences techniques, on a besoin de compétences générales: pensée critique, prise de décision éthique, etc.», a précisé Isabelle Longchamps.
Anne Mercier et Dominique Duguay ont par la suite décrit le parcours qui les a conduites de l’université à l’entreprise privée. «Je me destinais à devenir professeure, mon doctorat étant très théorique», a mentionné Anne Mercier. Mais c’est une volonté de résoudre des problèmes concrets qui l’a menée à se tourner vers l’entreprise privée, puis vers Giro, où elle travaille depuis maintenant six ans.
Dominique Duguay a quant à elle pu faire des stages en entreprise après son doctorat, ce qui lui a permis de développer un intérêt pour ce milieu de travail. «C’est intéressant de travailler dans une grande entreprise parce qu’on peut voir le fruit de ses actions», a-t-elle indiqué.
Si toutes deux se plaisent dans le privé, aucune d’elles ne regrette ce passage aux cycles supérieurs, où elles ont acquis un esprit créatif, la faculté de rebondir, de l’autonomie, de la rigueur et une grande résilience. «Dans une grande entreprise, ce sont souvent des projets de longue haleine qui sont mis sur pied. Le fait d’avoir fait un doctorat me permet de le comprendre», a raconté Dominique Duguay. Pour Anne Mercier, le doctorat est une plus-value importante, puisque son poste implique un contact constant avec des chercheurs universitaires. «Ça contribue à me donner une certaine crédibilité», a-t-elle remarqué.
Faire le saut
Mais comment se préparer à entrer dans ce monde? En travaillant ses habiletés de communication, d’abord. «Un élément essentiel, c’est d’être capable de vulgariser, de faire atterrir les choses dans le concret», a fait observer Dominique Duguay. Pour se défaire du préjugé de la tour d’ivoire, les universitaires se doivent de plus de rester ouverts aux savoirs expérientiels de leurs collègues. «C’est important de s’intéresser à l’entreprise et d’avoir une ouverture», a noté Isabelle Longchamps. Avant l’entrevue, les candidats sont invités à traduire leur parcours universitaire en compétences transférables.
D’autres adaptations devront être faites. En plus du rythme bien différent de l’avancement des projets, le travail en entreprise demande une certaine humilité. «Quand on réalise un projet de recherche, c’est notre nom qui est en première page, mais il faut faire le deuil de ça. En entreprise, ce sont des projets collectifs», a relevé Dominique Duguay.
Des rôles motivants
Ainsi, les entreprises ont beaucoup à offrir aux titulaires d’un doctorat, ont assuré les intervenantes. En plus de conditions de travail intéressantes, «ça permet de résoudre des problèmes concrets et de voir les retombées de son travail chez des clients. C’est très motivant», selon Renée Touzin. Les deux grands employeurs permettent aussi à leurs salariés d’explorer différents domaines et de s’attaquer à des problèmes très complexes.
Après la discussion en table ronde, les participantes et participants ont pu échanger autour d’un verre avec leurs collègues comme avec les gestionnaires invitées. «C’était une bonne occasion de découvrir l’environnement des industries. Ça a répondu à beaucoup de mes questions, notamment si ça valait le coup de faire un doctorat», a témoigné Myriam, étudiante de 3e cycle en informatique. «C’était inspirant», a ajouté sa collègue Imen.
Devant le succès de l’activité, qui a fait salle comble, la vice-rectrice a émis le souhait de répéter l’expérience. «L’évènement de ce soir nous montre qu’il faut se parler», a conclu Julie Carrier, qui a souligné l’importance de créer des lieux d’interaction plus efficaces.
Cette activité s’inscrivait d’ailleurs dans la volonté plus large des Études supérieures et postdoctorales de l’UdeM de faire valoir les doctorats à l’extérieur du monde universitaire, qui s’illustre notamment à travers la campagne «Le monde a besoin de plus de cerveaux», qui se déroule jusqu’à la mi-juin.