Camille Robert: donner une voix aux oubliées de l’histoire

En 5 secondes Elle rejoint la Faculté des arts et des sciences, où elle pourra apporter une expertise complémentaire en histoire du Québec contemporain, de l’État, des femmes et des mouvements sociaux.
Camille Robert, professeure au Département d'histoire de l'Université de Montréal

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Les nouveaux profs sont arrivés! Article 74 / 74

Parfois, l’histoire ne se résume pas qu’aux grands personnages ni aux évènements qu’on trouve dans les manuels scolaires.  

Pour Camille Robert, nouvelle professeure au Département d’histoire de l’Université de Montréal, elle se niche aussi dans les trajectoires de femmes, de travailleuses, de militantes et de communautés souvent reléguées à l’arrière-plan des récits traditionnels.  

En faisant de ces voix moins connues le cœur de ses recherches, elle souhaite mieux comprendre le Québec contemporain et éclairer des enjeux qui traversent encore notre société. 

Un intérêt pour l’histoire sociale 

Titulaire d’un baccalauréat, d’une maîtrise et d’un doctorat en histoire de l’Université du Québec à Montréal, Camille Robert a également fait une année de formation en pédagogie avant de poursuivre ses travaux. Après la soutenance de sa thèse en 2025, elle a entamé un stage postdoctoral à l’Université Concordia auprès de l’historien Steven High, s’intéressant aux mobilisations des infirmières d’origine philippine et caribéenne travaillant dans les hôpitaux québécois. 

Pendant ses études, ses recherches portent principalement sur l’histoire du Québec des années 1960 à 1980, l’histoire des femmes et l’histoire des mouvements sociaux, dont les groupes féministes et les syndicats. Son doctorat retrace les expériences des travailleuses du secteur public dans les années 1980, ainsi que leurs résistances aux réformes néolibérales qui touchent la gestion des services et les conditions de travail. 

Son approche déplace le regard des élites vers les populations ouvrières, les femmes et les communautés migrantes. La professeure perçoit également l’histoire comme une discipline ouverte qui permet d’aborder pratiquement tous les sujets, «pourvu qu’on examine le passé», ajoute-t-elle. 

Comprendre le travail invisible 

Très tôt, Camille Robert s’est intéressée à une question qui, au début des années 2010, était absente du débat public: le travail domestique des femmes et ce qu’on appelle aujourd’hui la «charge mentale». 

Son premier livre, tiré de son mémoire de maîtrise et publié sous le titre Toutes les femmes sont d’abord ménagères, explore les revendications féministes des années 1970 autour du salaire du travail ménager. En plongeant dans les archives des groupes féministes et des organisations politiques de l’époque, elle montre que cette idée a fait l’objet de véritables discussions avant d’être progressivement abandonnée, au moment où l’émancipation des femmes passait davantage par l’accès au marché du travail ou encore par le droit à la contraception et à l’avortement. 

«Si les femmes ont gagné leur autonomie économique, elles continuent souvent d’assumer la “double journée de travail”, entre emploi rémunéré et responsabilités domestiques. Les congés parentaux, les centres de la petite enfance et d’autres politiques publiques ont certes contribué à mieux répartir ces responsabilités, mais la question demeure d’actualité», estime la chercheuse. 

Elle a d’ailleurs souhaité actualiser et relancer cette question dans son second manuscrit intitulé Travail invisible, un ouvrage collectif codirigé avec la politologue Louise Toupin. 

Le travail d’éducation et de soin, majoritairement réalisé par les femmes, a également été au cœur de ses recherches doctorales et postdoctorales. Au cours des prochaines années, elle aimerait se pencher sur l’histoire des garderies à but non lucratif au Québec, de leurs origines «populaires» dans les années 1970 à la création du réseau des centres de la petite enfance. 

Une influence à l’intérieur et à l’extérieur de l’université 

Pour Camille Robert, le rôle de l’historien consiste d’abord à produire des travaux rigoureux tout en mettant ses connaissances au service du débat public. Pour ce faire, elle intervient occasionnellement dans les médias pour apporter un éclairage historique sur l’actualité, signe des lettres ouvertes lorsque le contexte le demande et offre des conférences à des groupes communautaires, syndicaux ou féministes. 

Cette volonté de faire sortir la recherche de l’université lui apparaît comme une responsabilité inhérente au métier de professeur, puisque les travaux universitaires sont largement soutenus par des fonds publics. Elle se réjouit d’ailleurs de pouvoir maintenant le faire au sein du Département d’histoire de l’Université de Montréal, un lieu «dynamique qui s’est profondément renouvelé ces dernières années». 

En parallèle, la nouvelle professeure attend avec tout autant d’enthousiasme le début des cours pour enseigner, accompagner les étudiantes et étudiants et superviser des mémoires et des thèses. 

Une conviction qui laisse présager un début de carrière universitaire placé sous le signe du dialogue, de la transmission des connaissances et d’une histoire résolument ancrée dans les réalités sociales. 

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