Le télescope «James-Webb» bouscule notre compréhension de l’Univers

En 5 secondes L’astrophysicienne Nathalie Ouellette donnera prochainement une conférence grand public sur les galaxies massives révélées par le télescope spatial «James-Webb».
Une photo de galaxies en collisions prise par le télescope spatial «James-Webb»

Depuis son lancement en décembre 2021, le télescope spatial James-Webb ne cesse de repousser les frontières de l’exploration cosmique. Conçu pour observer l’Univers dans l’infrarouge, il est particulièrement efficace pour détecter et analyser les exoplanètes. 

Mais il parvient aussi à dévoiler une surprenante surabondance de galaxies massives dans l’Univers dit «primordial», soit la période initiale juste après le big bang. Et les découvertes qu’il permet de faire forcent déjà les scientifiques à revoir certaines de leurs théories sur la naissance et l’évolution des galaxies. 

Observer le passé fort fort lointain 

Les télescopes sont en quelque sorte des machines à remonter le temps. Comme la lumière met du temps à voyager dans l’espace, regarder un objet situé à des milliards d’années-lumière revient à le voir tel qu’il était il y a des milliards d’années. 

James-Webb permet aux astronomes de reculer plus loin dans le temps que jamais auparavant: le télescope a levé le voile sur des galaxies apparues seulement 280 millions d’années après le big bang. Par comparaison, le télescope Hubble – son prédécesseur – permettait d’explorer le cosmos jusqu’à environ 500 millions d’années après sa naissance.  

Une passion de longue date pour Nathalie Ouellette, astrophysicienne, directrice adjointe de l’Institut Trottier de recherche sur les exoplanètes et de l’Observatoire du Mont-Mégantic de l’Université de Montréal et scientifique chargée des communications pour le télescope James-Webb au Canada. 

Dans une prochaine conférence grand public organisée dans le contexte de la rencontre annuelle de la Société canadienne d’astronomie, la chercheuse fera le point sur l’évolution et la formation des galaxies révélées par le télescope. 

Des galaxies «adolescentes»

Avant les premières observations par James-Webb, les modèles théoriques prédisaient que les premières galaxies devaient être petites, peu massives et avec peu de structure. La réalité s’est avérée tout autre.  

«On s’attendait à entrer dans une pouponnière, mais on a trouvé des adolescents», illustre Nathalie Ouellette. 

Ces galaxies très jeunes possèdent déjà une masse importante, des trous noirs supermassifs actifs et même des structures complexes rappelant parfois des bras spiraux, poursuit l’astrophysicienne. 

Autrement dit, l’Univers semble avoir formé ses premières galaxies beaucoup plus rapidement et efficacement que ce que prévoyaient les modèles. Les scientifiques cherchent maintenant à déterminer si les galaxies observées jusqu’à présent constituent des exceptions ou si cette croissance fulgurante est une caractéristique commune aux premières galaxies de l’Univers. 

Rappelons que le télescope James-Webb scrute l’Univers dans l’infrarouge. «Les galaxies de l’Univers primordial étaient très brillantes dans la lumière bleue et même la lumière ultraviolette. Cependant, en raison d’un phénomène appelé “décalage au rouge” causé par l’expansion de l’Univers, la lumière de ces jeunes galaxies est étirée vers le rouge et l’infrarouge rendue à nous. Il faut donc absolument un instrument pour l’infrarouge afin de les étudier», soutient la chercheuse. 

Même les galaxies les plus lointaines, qui apparaissent parfois comme de simples points lumineux, livrent aujourd’hui des détails inédits. Dans certaines d’entre elles, les astronomes distinguent déjà des régions de formation stellaire ou les prémices de structures spirales. 

Comprendre la vie des galaxies 

Comme les étoiles, les galaxies évoluent au fil du temps. Elles naissent à partir d’immenses nuages de gaz qui s’effondrent sous l’effet de la gravité. En se condensant, cette matière peut former des étoiles et des systèmes planétaires. Ces petites galaxies peuvent ensuite fusionner avec d’autres galaxies pour éventuellement devenir les galaxies gigantesques qu’on observe dans l’Univers proche. 

Les galaxies spirales, comme la Voie lactée, possèdent généralement un disque aplati où les étoiles orbitent autour d’un trou noir supermassif central. Avec le temps, les interactions et les collisions entre galaxies modifient leur apparence et peuvent les transformer en galaxies elliptiques, plus sphériques et moins structurées. 

Les astronomes parviennent également à estimer l’âge d’une galaxie grâce à sa composition. Les galaxies jeunes contiennent beaucoup de gaz et de jeunes étoiles bleues très chaudes. Les plus anciennes, en revanche, sont souvent dominées par des étoiles rouges et disposent de moins de matière pour former de nouvelles étoiles. 

Nathalie Ouellette indique qu’on parle parfois de galaxies red and dead: rouges parce qu’elles sont peuplées d’étoiles âgées et «mortes» parce qu’elles ont cessé de produire de nouvelles étoiles. 

Une mission qui dépasse toutes les attentes 

Au-delà des découvertes scientifiques, le télescope James-Webb impressionne par ses performances techniques. Après des années de délais, le télescope a connu un lancement presque parfait, souligne Nathalie Ouellette.  

«Grâce à l’efficacité de la fusée Ariane 5, il a consommé moins de carburant que prévu, ce qui a considérablement prolongé son espérance de vie. Initialement conçue pour durer une dizaine d’années, la mission pourrait finalement s’étendre sur 20 ou 25 ans», précise-t-elle. 

Le déploiement complexe du miroir s’est déroulé sans incident et les instruments scientifiques offrent des performances supérieures aux attentes. Plusieurs équipes de recherche ont même cru, lors de la réception des premières données, qu’une erreur s’était glissée dans leurs analyses tant les données étaient nettes et peu parasitées, raconte la chercheuse. 

Près de cinq ans après le début des activités scientifiques, le télescope continue de fonctionner de façon remarquable. Pour les spécialistes des galaxies comme Nathalie Ouellette, James-Webb ouvre une fenêtre sans précédent sur les premiers chapitres de l’histoire cosmique.  

«Chaque nouvelle observation révèle un Univers plus complexe, plus dynamique et plus surprenant qu’on l’imaginait», s’enthousiasme la scientifique. 

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