Pour réaliser cette étude, l’équipe a utilisé les mots-clés ACL rehab exercises, qui ont mené à 106 vidéos: 55 avaient été créées par des utilisateurs lambda et 51 par des professionnels de la santé.
La qualité des vidéos a été mesurée à l’aide de l’instrument Modified DISCERN, un questionnaire standardisé employé dans la recherche médicale pour déterminer la fiabilité et la qualité des informations de santé en ligne.
Le verdict est clair: la qualité globale des contenus était généralement médiocre, bien que les vidéos produites par des professionnels de la santé aient obtenu tout de même de meilleurs scores que celles enregistrées par des utilisateurs ordinaires.
Mais même les contenus professionnels présentaient des limites importantes, indique la Dre Nault. À ses yeux, le problème vient en partie du format même de TikTok – des vidéos courtes –, qui oblige les créateurs à simplifier énormément l’information.
Les outils scientifiques utilisés pour évaluer les vidéos reposaient notamment sur des critères comme la définition du problème, les symptômes, les traitements ou les conseils de prise en charge. Or, il est difficile de couvrir tous ces aspects dans une capsule ultracourte conçue avant tout pour retenir l’attention, ajoute la professeure.
Quand le divertissement remplace l’information
La Dre Nault a ainsi noté un décalage entre popularité et qualité éducative. Par exemple, une vidéo censée porter sur les luxations d’épaule pouvait finalement montrer une mise en scène comique ou une danse sans véritable contenu médical. Même après avoir exclu les vidéos à tendance humoristique clairement affichée, plusieurs publications demeuraient très pauvres sur le plan informatif.
«Le problème est amplifié par l’algorithme de TikTok. Les vidéos les plus vues ne sont pas nécessairement les plus utiles. Dans notre étude, les contenus publiés par des utilisateurs ordinaires obtenaient beaucoup plus de vues et d’abonnés que ceux réalisés par des professionnels de la santé», explique la chercheuse.
Du même souffle, elle invite les professionnels de la santé à accroître leur présence en ligne, sachant que les jeunes (et moins jeunes) continueront d’aller chercher leurs réponses sur les réseaux sociaux.
«Certes, produire du contenu demande du temps, de l’énergie et une certaine aisance devant la caméra. Mais malgré les défis, je crois que le jeu en vaut la chandelle. Car si les adolescents utilisent déjà TikTok pour comprendre leurs blessures, la vraie question n’est peut-être plus de savoir s’ils devraient le faire, mais plutôt qui leur parlera sur cette plateforme», résume-t-elle.
Des conséquences bien réelles pour les jeunes blessés
Pour la Dre Nault, cette situation n’est pas anodine. Un adolescent qui consulte TikTok après s’être blessé risque de recevoir une foule d’informations fragmentées sans réellement comprendre la nature de sa blessure. Il peut voir des exercices sans savoir pourquoi ils sont importants, comment les faire correctement ou dans quel ordre les intégrer à sa rééducation.
Dans le cas d’une rupture du ligament croisé antérieur, cette confusion peut avoir des conséquences importantes. La rééducation est longue, exigeante et doit être encadrée de façon rigoureuse.
À ce chapitre, la spécialiste rappelle que cette blessure est l’une des plus courantes en chirurgie orthopédique. «Une fois la blessure survenue, non seulement la convalescence peut durer de 9 à 12 mois, mais il existe également un risque de récidive si les recommandations de reprise du sport ne sont pas pleinement respectées», précise-t-elle.
La prise en charge, poursuit la chercheuse, comprend généralement une rééducation avec un physiothérapeute, une immobilisation (port d’une orthèse), et une intervention chirurgicale est souvent nécessaire, en fonction de la gravité de la blessure.
Le principal conseil qu’elle donne aux jeunes blessés est simple: soyez patients et faites confiance à vos professionnels de la santé.