Depuis la fin mai, le Dr Dieudonné Mwamba sillonne l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où sévit actuellement une épidémie de maladie à virus Ebola. À titre de directeur général de l’Institut national de santé publique de la RDC, il lui revient de coordonner la riposte à cette épidémie.
Parallèlement, il vient de terminer la rédaction de sa thèse de doctorat encadrée par Christina Zarowsky et Grégory Moullec, tous deux professeurs à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM). Un hasard? Pas vraiment, puisque sa recherche porte justement sur l’engagement des communautés dans la gestion des épidémies.
Et dans son pays d’origine, l’urgence est bien réelle. Depuis la déclaration officielle de l’épidémie le 15 mai, la maladie a frappé trois provinces – l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu – et des dizaines de districts sanitaires sont affectés. Plus de 650 cas ont été confirmés et au-delà de 260 décès ont été recensés.
Une lutte qui dépasse les soins médicaux
Le rôle du Dr Mwamba consiste donc à coordonner l’ensemble de la réponse à l’épidémie: surveillance épidémiologique, analyses de laboratoire, prises en charge médicale et nutritionnelle, soutien psychologique, communication des risques, engagement communautaire, prévention et contrôle des infections, logistique et recherche.
Le travail n’est pas mince, car le taux de mortalité est élevé dans certaines provinces et les défis logistiques nombreux. Par exemple, les échantillons doivent parcourir de longues distances avant d’être analysés. Le déploiement de laboratoires mobiles figure donc parmi les priorités afin d’accélérer la prise en charge des malades.
Le médecin a aussi la responsabilité de s’assurer du bon déroulement des opérations sur le terrain et de rendre compte de l’effectivité de cette coordination. Et c’est sur place qu’il a rapidement constaté qu’un autre combat était tout aussi essentiel: celui contre la désinformation ou l’«infodémie».
«Beaucoup de personnes ne croient toujours pas que la maladie existe. Les rumeurs et les fausses informations alimentent la méfiance envers les autorités sanitaires et compliquent les interventions», indique le Dr Mwamba.
Pour contrer le phénomène, les équipes du directeur général s’affairent à rencontrer les chefs religieux, des représentants de la société civile et divers leaders locaux afin d’établir un dialogue continu. L’objectif n’est pas seulement d’informer, mais aussi d’intégrer progressivement les communautés à la riposte elle-même.
«Arriver à vaincre ces résistances, ces rumeurs est un travail de longue haleine. C’est vraiment tout le long de l’épidémie qu’il faut dialoguer, communiquer avec ces communautés qui présentent une grande diversité. Heureusement, certaines d’entre elles souhaitent désormais devenir des partenaires actifs dans la lutte contre l’épidémie», précise le médecin.