L’épidémie du VIH/sida des dernières décennies a transformé beaucoup de choses: les politiques de santé publique, la visibilité médiatique de la communauté gaie, l'évolution des études queers, etc. Pourtant, on en parle rarement au Québec de nos jours.
En effet. Pourtant, on meurt encore en 2026 de maladies associées au VIH. Au Québec et au Canada, les diagnostics d’infection au VIH ont augmenté au cours des dernières années, particulièrement chez les jeunes adultes.
Pourquoi ce relatif silence? Une raison majeure, selon moi, est la stigmatisation liée au VIH/sida et le statut social des personnes ayant particulièrement été touchées par la crise du sida à ses débuts, c'est-à-dire les hommes gais et bisexuels, les consommateurs et consommatrices de drogues intraveineuses ou les personnes immigrantes. Ces gens restant marginalisés aujourd’hui, la société en général ne fait ainsi pas d’efforts particuliers pour se remémorer les pertes vécues par ces communautés.
Même au sein des groupes qui ont été le plus fortement affectés par la crise, on peut avoir l’impression que la mémoire de cette période se perd rapidement. Quand par exemple, l'an dernier, on a présenté Corps fantômes au Théâtre Duceppe, pièce construite à partir d’archives et de témoignages de militants et militantes LGBTQ ayant vécu les pires années de la crise – et subi de la violence sociale et de la violence policière qui frappaient les communautés LGBTQ –, beaucoup dans l’assistance soulignaient ne connaître que très peu de choses sur la période décrite.
Pour moi, parler des pertes et des luttes, mais aussi des apprentissages associés à la crise du VIH/sida permet de garder visible l’épidémie et de rappeler l’importance encore aujourd’hui de soutenir les personnes vivant avec le VIH. En ce sens, notre symposium pose justement la question «Qu’arrive-t-il quand on tente de conserver la mémoire d’une telle crise?»