Facebook, Reddit et santé mentale: quand les groupes font du bien

En 5 secondes Réseaux sociaux et santé mentale ne font pas toujours bon ménage. Une étude récente sur le recours aux groupes de soutien sur Facebook et Reddit nuance le tableau.
Un homme consulte son téléphone intelligent.

En matière d’utilisation des réseaux sociaux et d’effets sur la santé mentale, pas toujours facile de s’y retrouver. «La littérature scientifique portant sur les groupes de soutien en santé mentale est contradictoire. Certaines études pointent vers des effets positifs, mais d’autres concluent à une influence néfaste pour les personnes avec des problèmes de santé mentale», rapporte Diana Cárdenas, professeure au Département de psychologie de l’Université de Montréal.

C’est pour y voir plus clair que son étudiante Adriana Ugolini Benatti de Siqueira a décidé d’en faire son sujet de maîtrise. Ses résultats viennent d’être publiés dans la revue BMC Psychology.

Une approche quasi expérimentale

«Dans les études analysées, on ne pouvait pas savoir si les gens avaient un sentiment d’appartenance envers leur groupe de soutien», note Diana Cárdenas. Remarquant que la majorité d’entre elles étaient corrélationnelles ou qualitatives, l’étudiante en psychologie a voulu adopter une approche quasi expérimentale afin de tester si l’identification à ces groupes de soutien (soit ce sentiment d’appartenance) est le mécanisme psychologique qui explique les effets bénéfiques sur le bien-être de certains membres.

Adriana Ugolini Benatti de Siqueira a donc recruté 297 personnes: 193 appartenant à des groupes de soutien en santé mentale sur Facebook et Reddit et 104 faisant partie de groupes sur divers thèmes. Parmi les 193 premiers participants, la moitié a accompli une tâche qui renforçait l’identification à ces groupes, tandis que l’autre a effectué une tâche qui dirigeait plutôt l'attention sur l'identité personnelle. L’échantillon des 104 participants devait aussi réaliser la tâche centrée sur le renforcement de l’identité de groupe. Ensuite, tous les participants ont répondu au même questionnaire mesurant leur identification aux groupes en ligne, leur autoefficacité (leur confiance en leurs habiletés à affronter leurs défis en santé mentale et dans la vie), leur degré de participation dans le groupe de même que leur niveau de bien-être et leur avis sur certains stéréotypes en santé mentale. 

L’effet de groupe

Parmi les membres de groupes de soutien en santé mentale, ceux dont l’identité de groupe avait été renforcée par la tâche expérimentale s’identifiaient davantage à leur groupe et ils étaient plus nombreux à rapporter une meilleure autoefficacité et un plus grand sentiment de bien-être. Paradoxalement, les gens qui s’identifiaient fortement à leurs groupes en santé mentale entretenaient plus de préjugés à l’égard des personnes vivant avec ces mêmes difficultés. 

Ainsi, le seul fait d’appartenir à un groupe ne semble pas bénéfique en soi. C’est plutôt le fait d’y accorder une importance qui est une condition essentielle à ce qu’il ait des effets positifs sur les comportements et les attitudes.

Cette forte identification au groupe, en plus de donner à ses membres le sentiment accru d’être plus aptes à gérer leurs symptômes, avait aussi un effet positif dans le reste de leur vie. «Ces personnes étaient davantage engagées et sentaient que leur vie avait plus de sens», ajoute l’étudiante. Par ailleurs, ce sentiment d’appartenance à un groupe est bénéfique, peu importe qu’il y ait un lien avec la santé mentale ou non (un passe-temps, un sport, etc.). 

Abolir les barrières

Ainsi, c’est le lien affectif et psychologique du groupe qui est le plus salutaire, d’autant plus que les personnes avec des préoccupations en santé mentale ont parfois plus de difficulté à créer ces liens. Comme ces groupes n’ont pas de barrières géographiques et financières, ils offrent du soutien au-delà des horaires des services de santé, dans le confort et la sécurité de son foyer.

Qu’on le veuille ou non, les réseaux sociaux sont là pour de bon et les professionnels de la santé doivent en tenir compte. «En sachant cela, comment peut-on maximiser les avantages et minimiser les coûts?» soulève Diana Cárdenas. Alors que de plus en plus de personnes se tournent vers les agents d’intelligence artificielle (IA) pour se confier, les groupes en ligne s’avèrent essentiels. «L’IA tend à nous isoler et ne nous apprend pas à interagir en société. Mais la santé mentale, c’est très social: l’individu ne vit pas dans un vacuum, il doit entrer en relation avec les autres», conclut Adriana Ugolini Benatti de Siqueira.

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