Au-delà des anticorps: le rôle clé des lymphocytes T chez les enfants immunosupprimés

Par UdeMnouvelles
En 5 secondes Une étude démontre que, même lorsque la réponse des anticorps est limitée, la vaccination est efficace, puisqu’elle stimule un autre mécanisme de défense essentiel, porté par les lymphocytes T.
Selon l'étude, malgré la faible production d'anticorps des enfants ayant un déficit immunitaire grave, la réponse des lymphocytes T est robuste.

Lorsqu’un enfant présente un déficit immunitaire, par exemple en raison d’un traitement ou d’un problème de santé, il peut être tentant de croire qu’il vaut mieux attendre le rétablissement de ses défenses immunitaires avant de le vacciner, surtout si sa capacité à produire des anticorps est réduite. Pourtant, une étude dirigée par la Dre Hélène Decaluwe, clinicienne-chercheuse en immunologie pédiatrique au Centre de recherche Azrieli du CHU Sainte-Justine, un établissement de Santé Québec, et professeure titulaire à l’Université de Montréal, apporte une réponse claire: même lorsque la réponse des anticorps est limitée, la vaccination est efficace, puisqu’elle stimule un autre mécanisme de défense essentiel, porté par les lymphocytes T.  

Quand les anticorps ne racontent pas toute l’histoire 

L'équipe de recherche a suivi pendant 12 mois la réponse immunitaire de 27 enfants âgés de 5 à 11 ans souffrant d’un déficit immunitaire humoral, qui limite la capacité du corps à produire des anticorps, après qu’ils ont reçu le vaccin à ARN messager de Pfizer-BioNTech contre la COVID-19.  

Chez les enfants ayant une forme légère du déficit immunitaire humoral, une troisième dose du vaccin permettait d’obtenir une production d’anticorps satisfaisante. En revanche, ceux atteints d’une forme grave, caractérisée par l'absence de lymphocytes B, les cellules responsables de la production d'anticorps, en produisaient peu malgré cette dose vaccinale additionnelle. 

Toutefois, l'étude, dont les résultats sont parus dans la revue npj Vaccines, révèle que les anticorps ne sont qu’une partie de l’équation en matière de protection vaccinale et qu’il existe un autre mécanisme susceptible de jouer un rôle déterminant chez ces enfants.

Les lymphocytes T jouent un rôle clé

L'étude fait ainsi un constat particulièrement encourageant: malgré la faible production d'anticorps des enfants ayant un déficit immunitaire grave, la réponse des lymphocytes T, des cellules immunitaires qui détruisent directement les cellules infectées sans passer par la production d’anticorps, est robuste. 

«Même après une troisième dose de vaccin, leur organisme produit peu d'anticorps capables de neutraliser efficacement le virus, explique Sabryna Nantel, étudiante de doctorat et première auteure de la publication. Toutefois, la réponse des lymphocytes T est bien présente, ce qui indique que la vaccination leur procure tout de même une protection importante, notamment contre les formes plus graves de la maladie.» 

Une protection concrète pour un groupe particulièrement vulnérable 

L’équipe a également observé que les enfants vaccinés ayant contracté la COVID-19 au cours du suivi ont présenté peu ou pas de symptômes de la maladie malgré leur vulnérabilité immunitaire.  

Les analyses sur les enfants ayant un déficit immunitaire grave montrent que ceux qui présentaient la réponse des lymphocytes T la plus forte étaient aussi ceux qui avaient le moins de symptômes de la COVID-19. Ces résultats laissent penser que les lymphocytes T contribuent de façon importante à protéger les enfants immunosupprimés lorsque la production d'anticorps est insuffisante. 

Ainsi, même chez les enfants dont la réponse des anticorps n’est pas forte, la vaccination demeure bénéfique, puisqu'elle active d'autres mécanismes immunitaires capables de limiter les conséquences de l'infection. 

Un message important pour les futures pandémies 

Au-delà de la COVID-19, cette étude met en lumière un principe qui pourrait s'appliquer à d'autres infections virales. Les enfants présentant un déficit immunitaire ne devraient pas voir leur vaccination retardée ou annulée sous prétexte qu'ils risquent de produire moins d'anticorps. Les résultats font voir au contraire qu'ils devraient faire partie des groupes prioritaires à protéger le plus tôt possible. 

«Ces résultats soulignent l'importance de vacciner rapidement tous les enfants, y compris ceux qui ont un déficit immunitaire relatif aux lymphocytes B, et de considérer la réponse des lymphocytes T lors de l'évaluation de l'efficacité vaccinale, conclut la Dre Decaluwe. Une meilleure compréhension de ces mécanismes permettra d'adapter les stratégies de vaccination aux besoins de cette population particulièrement vulnérable et d'améliorer sa protection contre les infections.» 

Une étude rendue possible grâce à une mobilisation exceptionnelle

«Cette étude a reposé sur une étroite collaboration avec les familles et les équipes cliniques, mentionne la Dre Decaluwe. Comme les échantillons prélevés sur des enfants présentant ces déficits immunitaires sont particulièrement rares, la participation des familles a été essentielle au succès du projet de recherche. De plus, nous avons pu bénéficier d’un engouement important des enfants de notre communauté, qui ont accepté de prendre part à l’étude en tant que groupe témoin, grâce à notre travail avec des chercheuses et chercheurs de l’Université de Montréal. L’équipe tient à les remercier chaleureusement, notamment la Dre Kate Zinszer, de même que les médecins et équipes cliniques de Santé Québec – CHU Sainte-Justine qui ont contribué au projet.»

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