Sirop d’érable et performance cycliste: quelle dose donne les meilleurs résultats?

En 5 secondes Des cyclistes de haut niveau comparent trois doses de sirop d’érable avec l’eau afin de mesurer l’oxydation des glucides et son effet possible dans un contre-la-montre.
Ex-triathlonien au sein de l’Équipe nationale, le doctorant Jérémy Briand a été le premier participant du projet de recherche visant à évaluer quelle dose de boisson à base de sirop d’érable peut être tolérée et offrir des performances optimales à vélo.

Dans la série

Championnats du monde de cyclisme sur route UCI Article 6 / 6

Le sirop d’érable pourrait-il devenir un allié de performance pour les cyclistes de haut niveau? La question se pose alors que les valeurs en matière de glucides pendant l’effort, longtemps établies autour de 60 grammes à l’heure, ont presque doublé chez certains athlètes d’élite au cours des dernières années. 

À l’approche des Championnats du monde de cyclisme sur route de l’Union cycliste internationale (UCI), qui se tiendront à Montréal du 20 au 27 septembre, le professeur Jonathan Tremblay dirige un projet de recherche qui contribuera à préciser cette question. Ses séances expérimentales se déroulent au Centre ÉPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal, un établissement de Santé Québec.

Pourquoi le sirop d’érable? 

Le sirop d’érable se distingue des autres sucres naturels par sa composition. «Il est majoritairement composé de saccharose, un disaccharide formé d’une molécule de glucose et d’une molécule de fructose, avec de faibles proportions de glucose et de fructose libres», explique Jonathan Tremblay, de l’École de kinésiologie et des sciences de l’activité physique de l’Université de Montréal. 

Après hydrolyse du saccharose, le glucose et le fructose empruntent principalement des voies d’absorption distinctes dans l’intestin. Contrairement au glucose seul (ou autres monosaccharides), qui pourrait saturer son transporteur et causer des inconforts à grandes doses, l’absorption de ce mélange est accrue.  

«Si l'on augmente la disponibilité des glucides pour les muscles, ceux-ci peuvent s’en servir davantage comme source d’énergie, travailler avec plus de force et mener à de meilleures performances», ajoute le chercheur. 

D’ailleurs, la littérature scientifique sur la nutrition sportive reconnaît déjà cet avantage des mélanges combinant deux types de sucres absorbés par des voies distinctes. L’étude effectuée par Jonathan Tremblay vise à vérifier si cet avantage se maintient, et jusqu’à quelle dose, lorsque la source de glucides est précisément le sirop d’érable. 

Suivre les glucides utilisés pendant l’effort

Pendant un effort prolongé, les muscles utilisent simultanément leur glycogène et le glucose circulant. Le foie contribue dès le début à maintenir la glycémie en libérant du glucose provenant de son glycogène et, avec la durée, de la néoglucogenèse; la contribution relative de ces sources évolue pendant l’exercice. 

«Les sources exogènes, comme celles du sirop, inhibent la libération de glucose par le foie, ce qui lui permet de conserver ses réserves», précise Jonathan Tremblay. Les glucides ingérés pendant l’effort alimentent donc directement les muscles, qui puisent dans le glucose circulant, particulièrement lorsque les réserves musculaires s’épuisent avec le temps ou l’intensité de l’exercice. 

C’est cette logique qui sous-tend les recommandations actuelles en nutrition sportive, fixées à environ 60 grammes de glucides à l’heure pour la majorité des athlètes entraînés. 

«Plusieurs fédérations sportives internationales, dont l’UCI, recommandent désormais à leurs athlètes d’ingérer de 90 à 120 grammes de glucides à l’heure pendant les compétitions de haut niveau – une quantité qui est généralement bien tolérée chez les sportifs habitués à consommer des glucides pendant les entraînements», souligne Jonathan Tremblay. 

Des cyclistes parmi les meilleurs au monde

Le protocole expérimental repose sur la participation de 32 cyclistes de haut niveau recrutés par l’intermédiaire de la Fédération québécoise des sports cyclistes. 

Chaque cycliste doit pédaler deux heures sur un vélo stationnaire, puis effectuer un contre-la-montre de 20 kilomètres à quatre reprises: une fois avec seulement de l’eau édulcorée et trois fois avec du sirop d’érable dilué, à des doses de 60, 90 et 120 grammes de glucides à l’heure.  

Un traceur isotopique au carbone 13, un isotope stable, parfaitement sécuritaire et en abondance naturelle dans l’atmosphère, permet d’estimer, à partir du 13CO2 expiré, l’oxydation des glucides exogènes provenant du sirop et de la distinguer de l’oxydation des réserves endogènes.  

En 2018, le laboratoire a réalisé une étude comparant différents types de glucides, dont le sirop d’érable, ingérés à raison de 60 grammes par heure, dans une répartition transversale. Cette étude n’avait révélé aucune différence dans les performances au contre-la-montre, mais les participants étaient des sportifs amateurs qui montraient une grande hétérogénéité dans leurs réponses. Pour ce nouveau projet, l’équipe de Jonathan Tremblay a voulu recruter des cyclistes d’un calibre supérieur en utilisant une répartition aléatoire et contrôlée afin de minimiser la variabilité intra-individuelle. 

Une relation encore à préciser 

L’équipe de recherche s’attend à observer une relation positive entre la dose de glucides ingérée et l’oxydation du sucre provenant du sirop d’érable, de même qu’avec la performance au contre-la-montre, mais il reste à déterminer si cette relation atteint un plateau à partir d’une certaine dose. La tolérance digestive pourrait venir brouiller les cartes avec les doses plus élevées. 

La question s'inscrit dans un débat encore actif dans la littérature scientifique: si les avantages d’une ingestion de glucides pendant l’effort sont bien établis jusqu’à environ 90 grammes par heure, les données concernant des doses plus élevées demeurent divergentes, certaines études récentes ne concluant pas à des avantages nets additionnels au-delà de ce seuil. 

Les habitudes alimentaires des participants pourraient aussi influencer les résultats: les cyclistes qui consomment habituellement moins de glucides que les recommandations actuelles pourraient éprouver plus de difficulté à en ingérer de grandes quantités pendant les séances expérimentales, estime Jonathan Tremblay. 

Le projet, financé notamment par les Producteurs et productrices acéricoles du Québec, le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada et Mitacs, se poursuivra au cours des prochains mois. 

Le regard d'un premier participant

Jérémy Briand est l'un des 32 cyclistes de haut niveau qui prendront part à l'étude – et le premier à avoir suivi le protocole complet. Étudiant de doctorat à l'École de kinésiologie et des sciences de l'activité physique de l'UdeM sous la direction de Jonathan Tremblay, il a été membre de l'Équipe nationale de triathlon jusqu'en 2023, avant qu'une blessure au dos l'amène à revoir ses priorités sportives, sans pour autant lui faire cesser l'entraînement. 

«Je connaissais le protocole depuis plus d'un an et ça prenait un athlète de bon niveau pour valider les outils et les données avant le recrutement des 31 autres participants», explique-t-il. Avec ses collègues Philippe Parent et Elizabeth Ferry, qui coordonnent le projet, il a effectué les six séances de l'étude, ce qui a permis à l'équipe de recherche d'apporter différentes modifications au protocole. 

Concrètement, ces six séances se déroulent en deux temps. La première consiste en un test de tolérance au glucose, question de s'assurer que les participants ne sont ni diabétiques ni prédiabétiques. La deuxième est consacrée à la mesure du VO2 max de chacun – une donnée qui servira à calibrer l'intensité de l'effort – et à la familiarisation avec le vélo stationnaire. Suivent quatre séances hebdomadaires: deux heures de vélo à 65 % du VO2 max (la consommation maximale d'oxygène par minute à l'effort) avec une dose différente (et randomisée) de boisson à l'érable chaque fois, puis un contre-la-montre de 20 kilomètres à effort maximal. 

Demandes médias

Université de Montréal
Tél. : 514 343-6111, poste 67960